Directives anticipées: parlons-en!

photo: © Wollodja Jentsch

L'édito de Blaise Willa, directeur et rédacteur en chef du magazine générations.

Comment voudrais-je être soigné, une fois à l’hôpital? A quel moment vais-je renoncer aux traitements? Serai-je seulement capable de le dire? A contrario, quand vais-je les exiger, ces traitements, moi qui tiens tant à dire adieu à chacun? Et puis comment pourrai-je être certain que l’hôpital et ses médecins, avec leur cortège de machines et d’algorithmes, ne me réaniment pas contre mon gré, moi qui suis prêt, je crois, à mourir?

 

De toutes ces questions, graves, existentielles et pourtant très pratiques, un médecin, Eric Masserey, en a fait un texte. Puis une pièce de théâtre, J’ai pas fini, présentée il y a quelques mois au Salon Planète Santé et appelée, on l’espère bien, à tourner dans toute la Suisse romande. De quoi parle-t-elle donc, cette pièce? D’un drôle de formulaire, inventé par l’Académie suisse des sciences médicales, nommé «directives anticipées». En gros, quatre pages aussi aimables qu’une déclaration fiscale, qui vise à «fixer à l’avance les mesures médicales que l’on approuve et celles que l’on refuse en cas de perte soudaine de discernement suite à un accident ou à une maladie». Un formulaire, lit-on aussi, qui permettra aux médecins «de prendre plus facilement des décisions difficiles et de décharger les proches».

Comment pourrai-je être certain que l’hôpital et ses médecins ne me réaniment pas contre mon gré?

Dans sa pièce, Eric Masserey met surtout en scène ce que ce formulaire, dans son inhumanité, peut être: un questionnaire administratif et froid, comme seules les assurance maladie savent en produire. Mais l’auteur, dans l’interview qu’il donne à générations, s’explique et va plus loin: ce que ces directives, dans leur brutalité, disent de nous et de notre temps, c’est surtout notre incapacité à parler de la mort, à produire une pédagogie adéquate pour la comprendre, mais aussi notre incapacité à l’introspection, à la confiance donnée, que nous déléguons aujourd’hui à la science.

 

Eric Masserey, toutefois, reste optimiste: ces directives anticipées ne sont pas suffisantes mais ne sont pas inutiles non plus. Avec un petit effort, en particulier de son médecin, elles pourraient être une chance d’ouvrir enfin la discussion, autour d’un repas, à la maison, sur ce que l’on croit ou ne croit pas, sur ses valeurs, sur le cheminement de sa vie, bref, sur tout ce qui pourra éclairer nos choix et les faire connaître le moment venu. Ces directives seraient alors ce qu’elles devraient être: une ouverture sur le sens et sur l’intime qui résonnerait alors comme une apaisante réconciliation.

Blaise Willa,

directeur de publication et rédacteur en chef


A lire aussi:

0 Commentaire

Pour commenter