Bzz, soleil, soleil

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On le scrute, le soupèse et le soigne. Car il nous préoccupe, ce corps qui prend de l’âge, et nous nous en occupons. Toujours en forme et avec les formes d’usage, Isabelle Guisan s’en inquiète et s’en amuse.

Je savais qu’il allait me brûler de nouveau dès les premiers beaux jours, ce satané soleil contemporain. La peau de mon décolleté, bien que mate, ne supporte plus depuis l’an dernier le moindre de ses assauts, même printaniers. C’est donc avec un chapeau en toile sur la tête et un charmant foulard autour du cou que je pars, à la mi-avril, marcher sur les sommets pourtant modestes du Péloponnèse. Du coup, à moitié aveuglée par le bord proéminent de ce chapeau, je ne vois la neige étincelant au haut du Taygète qu’en relevant la tête. Sur le sentier, je ne repère pas toujours assez vite les branches griffues pour les éviter et les ronces menacent d’emporter mon couvre-chef. Bref, je composerai désormais avec ces petits aléas.

 

Mon rapport à la plage rejointe après l’effort a changé, lui aussi, du tout au tout. Alors qu’une famille anglaise s’étale sur les galets à quelques mètres de mon linge, je m’enfuis dès mon bain de mer matinal terminé. Ces corps étendus sont toujours là, écrevisse mais stoïques, quand je reviens faire trempette à la fin de la journée. Un mur d’incompréhension me sépare désormais des adeptes de la cuisson du bord de mer.

 

Il me nargue encore au couchant, ce soleil d’avril, alors que me voici installée en bonne compagnie pour l’apéro face à la mer. Même quand il s’apprête à disparaître derrière une petite île, il s’obstine sur le mini-espace de peau dénudée qui me sert de décolleté. Et à peine a-t-il disparu que les moustiques m’assaillent. Alors, ces plaques rouges qui brûlent et démangent, coups de soleil ou piqûres d’insectes ? 

 

Notre guide a marché la tête nue dans la montagne et s’est allongé sous la caresse de l’astre après le bain. Il sirote son ouzo en offrant un visage bronzé à mon regard désormais admiratif, mais un peu inquiet aussi pour ses vieux jours dermatologiques. Il ne comprend donc pas, cet inconscient, que nous nous dirigeons tout droit vers un avenir à l’australienne, le corps planqué et le visage visqueux de crème 50 sous une casquette à visière ? Qu’attend-il pour anticiper ? Mais … n’ai-je pas attendu qu’il me morde à pleines dents, ce soleil, avant de me protéger ?

Isabelle Guisan


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