Allergie

Le télémarketing, souvent un poison. © Chainarong Prasertthai/iStock

Corps et âme, la chronique d'Isabelle Guisan.

Hier, j’en ai reçu trois. Mais, parfois, il n’y a aucun appel pendant des semaines. C'est saisonnier, imprévisible, même si ces gens-là se manifestent souvent entre midi et deux heures, au moment que l’on croit celui du repas, du répit, du repos. 

Le numéro de portable qui s’affiche sur mon écran est inconnu, non répertorié par mes algorithmes qui douterait qu’il s’agisse d’un appel publicitaire? Mais si c’était la personne sympathique rencontrée l’autre jour et dont je n’ai pas enregistré les coordonnées? 

Je réponds d’une voix contenue, un tout petit «allo?» neutre, méfiant. Au bout du fil, léger silence, ielle doit se dire: «Ah bon, tiens, ça marche, on répond.» Et puis, la voix surgit et, avec elle, plusieurs scénarios possibles. Le plus fréquent, c’est un «bonjour madame Isabelle» un peu embarrassé, un accent indéfinissable qui ne laisse guère de doute sur la distance géographique qui nous sépare. D’autres fois, les intonations sont locales, le «Madame Guisan, bonjour, c’est Tom» se veut aussi familier qu’enjoué. Il y a enfin l’enquêteuse au ton professionnel recrutée par un «institut de recherches». L’autre jour, c’était celui «du vin» qui, dès la première phrase, m’embarque dans un questionnaire express. 

Mal prise. Si je raccroche aussi sec sans me donner la peine d’entamer le dialogue, j’en veux à l’impulsive en moi. Et je risque de malmener une personne adorable qui prenait le risque - aujourd’hui rarissime - de m’appeler sans prévenir. Mais quand j’écoute et finis par dire poliment: «Merci, mais ça ne m’intéresse pas…», je prends un petit choc dans l’estomac en constatant qu’on m’a déjà claqué le téléphone au nez. 

Alors, quoi? Ne pas répondre du tout, c’est me confronter à cinq secondes d’incertitude sur l’aventure humaine que j’ai peut-être loupée. Et puis me revient la voix de l’inconnu rencontré autrefois dans un bistrot à qui j’avais donné mon numéro et qui, pendant des années, m’a harcelée de coups de fils saisonniers. Imprévisibles. Un frisson rétrospectif qui calme mon goût pour la rencontre… jusqu’à l’appel publicitaire suivant.

Isabelle Guisan

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