« T’es une femme, tu ne peux pas comprendre ! »

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Alors que cette Suissesse d’origine thaïe, établie depuis plus de quinze ans dans notre pays et mariée à un Vaudois, faisait ses courses dans un commerce de la région lausannoise, trois hommes dans la quarantaine, accompagnés d’une femme, lui ont fait un doigt d’honneur, l’ont invectivée et lui ont dit de « foutre le camp ».

Bouleversée, elle est rentrée chez elle en larmes. Depuis le début de l’épidémie, le racisme antiasiatique est palpable et s’ajoute au racisme ordinaire dont les femmes sont fréquemment victimes, pas forcément à cause de la couleur de leur peau ou de leurs origines, mais de leur apparence, de leur façon d’être tout simplement, parce qu’elles sont femmes, c’est-à-dire « pas vraiment égales ». On voit qu’il suffit d’un événement pour faire ressortir des ressentiments que l’on croyait enterrés et qui, en fait, sont juste cachés dans nos zones d’ombre. Il n’y a d’ailleurs pas que la couleur de la peau et les origines qui peuvent provoquer de drôles de comportements, de remarques et d’insultes.

La preuve, cette anecdote qu’un proche m’a confiée. « Comment as-tu pu épouser une grosse ! », a-t-on récemment demandé à cet homme amoureux d’une femme dont la silhouette ne correspond pas du tout aux standards de séduction dont bien des magazines ont fait la norme. Je me souviens par ailleurs que, dans mon enfance, on se moquait des rouquines et des rouquins.

Pour ma part, j’avoue m’être gaussée d’une camarade de classe parce qu’elle faisait souvent des vocalises sur le chemin de l’école. Cette écolière est devenue une artiste lyrique internationalement reconnue. Elle m’a rappelé, lorsque je l’ai rencontrée quelques décennies plus tard, à quel point je l’avais blessée ! Elle avait vécu ma façon de singer ses exercices vocaux comme une humiliation.

Enfin, rappelons que être une femme, cela aussi est souvent sournoisement ou ouvertement stigmatisé. « T’es une femme, tu ne peux pas comprendre ! », m’a-t-on dit quelquefois banalement, sans chercher à me blesser. Des remarques sexistes qui m’ont poussée à participer à la lutte des femmes pour le droit de vote, l’égalité des salaires et l’égalité tout court. Les insultes qui n’en ont pas l’air, qui allient préjugés, bêtise et racisme sournois, ne sont hélas pas près de disparaître.
 

Nous, les femmes
par Nicole Métral

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