Votations américaines : « C’est difficile de vivre avec une rente de 1500 dollars par mois »

Images ©Axel Dupeux

Bonita Knierim, 66 ans - Ancienne employée, mariée, trois enfants, pas de petits-enfants, Wayne, New Jersey

Le 3 novembre, les Américains éliront leur prochain président sur fond de pandémie qui a fait des ravages chez les seniors aux Etats-Unis. Le démocrate Joe Biden, 77 ans, défie le président sortant Donald Trump, 74 ans. A cette occasion, générations est parti à la rencontre de person-nes âgées qui joueront un rôle clé le 3 novembre. Découvrez notre dossier spécial.

Bonita Knierim vit avec un tablier abdominal depuis la naissance de son fils, il y a près de trente ans. Faute d’avoir les moyens de se faire opérer à l’époque, la sexagénaire du New Jersey a dû apprendre à accepter ce ventre constamment distendu qui a lui causé de graves problèmes de santé, malgré des régimes et des activités physiques régulières. Des complications liées au diabète et une opération ratée ont repoussé de plusieurs années la procédure chirurgicale finalement
programmée cette année.  « Quand j’ai fêté mes 65 ans en 2019, j’ai réalisé que je ne pouvais pas rester comme ça pour cette nouvelle étape de ma vie. J’ai décidé de me faire opérer coûte que coûte. »

Le cas de Bonita Knierim est commun dans l’Amérique des classes moyennes inférieures, pour lesquelles l’accès à la santé reste un luxe. Mais, quand elle a eu 65 ans, Bonita est passée sous le régime Medicare. Cette assurance maladie publique pour les seniors va couvrir l’intervention que la sexagénaire décrit comme « une délivrance ».

 

 

Manger sainement

 « Ma mère m’a toujours dit qu’il ne faut pas faire des économies pour ce qui est de l’assurance maladie », souligne-t-elle. La sexagénaire vivant dans une banlieue du New Jersey a suivi ce conseil et pris une assurance complémentaire. Les primes oscillent entre 100 et 150 dollars et sont déduites directement de sa retraite.  « C’est difficile de vivre avec une rente de 1500 dollars par mois, glisse Bonita. La vie est chère. Il faut compter 200 dollars par semaine pour les courses. J’ai de la chance d’avoir un jardin, car je cultive des fruits et des légumes. Mais beaucoup de gens n’ont pas les moyens de manger sainement. »

Bonita Knierim complète sa rente avec le loyer qu’elle perçoit de deux maisons qu’elle loue dans le New Jersey.  « Il faut être prévoyant, insiste-t-elle. Avec mon mari, nous avons investi dans l’immobilier. Heureusement, car ça nous permet d’avoir un revenu supplémentaire. »

 

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Le 3 novembre, Bonita votera pour Donald Trump qu’elle vénère.  « J’ai mal au cœur pour lui, car aucun dirigeant n’a jamais autant été attaqué par les médias », clame la sexagénaire, en reprenant un refrain que le président ne cesse de répéter à ses supporters. Une pointe de désillusion est néanmoins perceptible dans sa voix quand elle parle de la fin du mandat de Donald Trump, perçu par ses supporters comme le dernier rempart d’une Amérique menacée de disparition.

 

Elle rêve d’un pays offrant, un jour, une assurance maladie  « digne de ce nom », précise-t-elle en balayant la réforme de la santé passée par Barack Obama à l’époque où il était président. Le mari de Bonita a dû accepter un emploi dans une grande surface de do it yourself malgré de sérieux problèmes de santé, afin de pouvoir bénéficier de la couverture médicale garantie par son employeur.  « J’essaie de décrocher une assurance invalidité pour lui afin qu’il puisse arrêter, car, quand il rentre du travail il est cassé, dit-elle. Ce n’est pas une vie. »

 

Bonita aborde, elle, son opération avec beaucoup d’optimisme. Dès qu’elle aura enfin pu se débarrasser de ce ventre qui l’aura fait souffrir pendant trois décennies, elle prévoit de créer, à 66 ans, une société de fitness avec son fils, instructeur dans la marine américaine :  « Il pourra entraîner les jeunes et moi les seniors ! »

 

Propos receuillis et textes de Jean-Cosme Delaloye

Photos d'Axel Dupeux, New York

 

 

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Elizabeth Holtzman, 79 ans Avocate en activité, célibataire, pas d’enfants ni de petits-enfants, Brooklyn, New York

 

 

Bob Gore, 73 ans - Entrepreneur et photographe, divorcé, trois enfants, un petit-fils, Brooklyn, New York

 

 

Inca Mohamed, 66 ans - Médiatrice, mariée, sans enfants, Brooklyn, New York

 

 

 

Zolio Guillen, 64 ans - Technicien en optométrie, marié, six enfants, treize petits-enfants, une arrière petite-fille, Paterson, New Jersey

 

 

Ina Breite, 81 ans - Enseignante à la retraite, veuve, deux enfants, pas de petits-enfants, Wayne, New Jersey

 

 

 

 

 

 

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