Vacances : le « besoin de Suisse » ne date pas d'hier !

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Invités par le Conseil fédéral à découvrir leur pays cet été, les Suisses n’ont pas toujours préféré les destinations lointaines aux sommets alpestres et aux villes lacustres. Un petit coup d’œil dans le rétro qui nous parle aussi de aujourd’hui.

« Nous avons besoin de vacances, nous avons besoin de Suisse. » Avec un tel slogan, qui résonne comme un appel de cor des Alpes, Suisse Tourisme espère convaincre les Helvètes de passer l’été au pays. Et de suivre, par là même, les recommandations du Conseil fédéral qui encouragent une forme de patriotisme dans le choix de ses destinations estivales. Mais, après avoir pris des habitudes de globe-trotters depuis un bon demi-siècle, serons-nous de nouveau plus nombreux à humer l’air du pays, cet été, comme dans les années soixante ? Le prix des nuitées et des transports pèsera certainement aussi dans la balance. L’enjeu est de taille : le manque à gagner pour le tourisme suisse a atteint 8,7 milliards de francs (mars à juin).

Même si la campagne de Suisse Tourisme, inégalée dans son ampleur, vise bien sûr l’international, elle s’adresse en priorité aux locaux. « En cinquante ans, notre façon de voyager a été complètement bouleversée », observe Nina Villars, responsable de projets médias à Suisse Tourisme.

Et de pointer du doigt deux aspects en particulier : « La démocratisation des voyages en avion (l’apparition des vols low-cost notamment) et internet (informations et réservations en ligne qui mettent le monde à portée de clic). »
Les conséquences ne se sont pas fait attendre : « La Suisse a été peu à peu confrontée à une concurrence touristique mondiale de plus en plus forte et les habitudes des voyageurs ont changé drastiquement, allant des vacances passées toujours au même endroit à l’envie de découvrir le monde entier. »

Mais comment vend-on la Suisse aux Suisses ?

Hier, autrement dit en un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, l’icône mettait en évidence la montagne, les lacs et le folklore. Avec une impression générale de douceur et de calme. Aujourd’hui, retrouve-t-on ces valeurs ? « Oui, elles sont toujours indissociables de la Suisse, affirme Nina Villars. Sauf que les villes, avec leur offre culturelle exceptionnelle pour leur (petite) taille, en comparaison internationale, constituent aussi des valeurs montantes pour l’image touristique de la Suisse (modernité, avant-garde, créativité, design), avec toujours, la possibilité de combiner dans la même journée expériences urbaines et évasion dans la nature ou les montagnes toujours proches. »

Même si le fonds de commerce est le même, si l’on ose dire, les attentes du public ont évolué. Une enquête auprès d’un large public international fait ressortir les motivations principales des visiteurs de notre pays : les montagnes, la nature, la relaxation, suivies du panorama. Suisse Tourisme axe ainsi sa campagne sur la nature comme source de bien-être physique et mental, de ressourcement. « La diversité culturelle joue également un rôle important, explique Nina Villars, tout comme le fait d’être dépaysé rapidement, notamment en raison des différentes langues nationales. Cet été, nous invitons plus que jamais les Romands à partir explorer des régions au-delà du « Röstigraben » et vice-versa. » Et changement notable par rapport aux années soixante et septante, la Suisse se vend comme un paradis de la mobilité douce et des sports de plein air.

 

A lire aussi : Eaux et montagnes : la Suisse d’il y a 50 ans

 

A l’époque, enfin, une campagne d’affichage bien répartie dans les gares et autres lieux de passage (voir la double page suivante), suffisait à réveiller le « besoin de Suisse ». De nos jours, foi de Nina Villars, « en termes de marketing, les efforts pour vendre la Suisse aujourd’hui sont sans commune mesure avec ce qu’ils étaient il y a cinquante ans ». Avec l’apparition des médias sociaux ces dernières années, Suisse Tourisme a démultiplié sa communication. Cet été dira si le message a passé.

 

Il était une fois les vacances au pays    

Des années cinquante à septante, leurs photos donnent à voir plusieurs formes de tourisme au pays. Une autre époque, mais au fond si proche.

 

Vacances en Suisse, sur l’herbe - 1958

 

Quelque part en Suisse, en 1958, une jeune femme genevoise pose devant une Peugeot 203 dont les sièges entièrement rabaissés sont une invitation à la sieste. « C’est une image prise par mon père avant ma naissance que j’ai découverte sur des bandes de négatifs jamais exploités, explique Claude-André Fradel, qui vit en France, et qui a publié cette photo sur le site notrehistoire.ch. Je n’ai malheureusement aucune précision sur ce voyage fait par mes parents. » A l’aube des années soixante, la voiture individuelle matérialise les aspirations à plus de loisirs et de liberté. On notera la tenue confortable et actuelle de Madame Fradel devant son attirail de camping où la nappe à carreaux joue un rôle central. Les camping-cars n’ont pas encore fait leur apparition. A en juger par l’arrière-plan, les caravanes ne sont pas présentes sur ce site où l’automobile et les tentes sont reines.

 

 

Vacances en Suisse, Au camping - 1973


Sur ce cliché tiré d’un diapo, des enfants s’amusent sur le terrain d’un camping à Cugnasco, au Tessin, le 1er août 1973. « De bien jolies vacances ! » se souvient Sylvie Bazzanella à Lutry. Sa fille, Sandrine figure sur ces images.
Cette dernière a commenté cette photo en nous écrivant depuis le Brésil où elle vit aujourd’hui : « Suissesse vivant à l’étranger, je garde de merveilleux souvenirs des paysages et de la beauté de la Suisse. C’est toujours un immense plaisir d’y revenir, et de voir les gens que j’aime, tout en savourant ses plaisirs. J’ai appris à être fière d’être Suissesse, tout en vivant à l’étranger. La photo de 1973 (hier donc... (rire) me rappelle nos vacances en famille au Tessin : camping !
Les choses simples sont toujours les plus vraies. »

 

 

Vacances en Suisse, sur l'Aple - 1973

Sur  l’alpe « Dans les année septante, lorsque nos enfants étaient en âge de comprendre, nous leur avons fait découvrir la Suisse sous toutes ses formes, raconte Marcel Morel, retraité fribourgeois et féru d’histoire et de traditions de son coin de pays. Nous avons réalisé ce rêve en famille et c’était une semaine merveilleuse. J’ai réalisé alors toute une série de photos pour que je puisse facilement me replonger dans notre voyage en Suisse. » Sur cette belle image, datée du 1er août 1974, on découvre Marcel Morel, sa fille Nathalie et son fils Christophe au Säntis, le point culminant du massif de l’Alpstein appartenant aux Préalpes appenzelloises.

 

 

Vacances en Suisse, Passer le col du Simplon - 1960

Les familles Andréa et Laurent Rion-Vianin et Irène et Armand Epiney-Melly font ici un pique-nique au Simplon en 1960. Sur l’image, on voit Irène Epiney-Melly et Andréa Rion-Vianin. Pierre-Marie Epiney, fils d’Irène, lui a demandé de commenter ce cliché : « Ma maman se demande où sont passés les enfants ! La table n’est mise que pour quatre personnes. » Les deux couples totalisent pourtant cinq enfants et aucun n’est présent lors de cette sortie, de toute évidence « en amoureux ». « Remarquez le litre de rouge sur la  table de camping, s’amuse Pierre-Marie Epiney. La fumée qui flotte est sans doute due aux saucisses que Laurent prépare pour ces dames. »

 

A lire aussi : la suite de notre dossier sur les vacances en Suisse, avec les affiches de l'époques.

 

Nicolas Verdan

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