Qui s’occupera de nous, demain ?

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A force d’entendre que le secteur gériatrique peine à recruter du personnel, on se pose collectivement la question : qui s’occupera de nous demain ? Quand nous serons devenus des vieillards ? Quels professionnels ? Passés par quels enseignements ? Enquête à travers la Suisse romande. 

C’est une certitude… si on vit très longtemps, il arrivera un moment où on aura besoin d’aide pour continuer à habiter chez soi. Pour les courses, le ménage, la cuisine, l’entretien de sa santé et même pour sa toilette. Peut-être que, un jour, cette aide ne suffira pas et qu’il nous faudra rejoindre un EMS. Qui a dit quelle horreur ? On sera vivant et sans doute heureux de l’être encore. Surtout si ceux qui nous aideront alors seront des professionnels compétents, bienveillants et épanouis dans leur travail. On peut l’espérer…si les EMS ne se mettent pas à fonctionner comme les Ehpad français, où les sous-effectifs et les cadences de travail infernales génèrent de la maltraitance. Pour l’instant, on en est encore loin : dans un EMS, un soignant s’occupe de quatre à cinq personnes dans une matinée, contre dix pour un soignant dans un Ehpad. 

N’empêche qu’il est difficile ne pas être taraudés par cette question : « Qui s’occupera de nous demain ? » Qui sont les jeunes qui rejoignent le secteur de la gériatrie, secteur professionnel mal-aimé, souvent répulsif, car ne prenant généralement la lumière que lorsqu’il y a à en dire du mal ? Qui sont ceux qui les forment dans les Hautes écoles de travail social ou de santé ou à l’université ? Et qui sont ceux qui les recrutent comme apprentis dans les structures d’aide à domicile ou dans les EMS ? 

Nous sommes allés au-devant de cinq futurs professionnels du grand-âge, s’apprêtant à exercer, chacun, un métier différent : gestionnaire en intendance, infirmière, assistante socio-éducative, assistante en soins et santé communautaire, psychologue.  Nous avons interrogé leurs enseignants et leurs directeurs de structures à travers la Suisse romande. Et ce constat s’impose : ceux qui nous prendront en charge demain le feront en tout connaissance de cause. En bref, leurs témoignages (lire ci-contre) sont réconfortants. On devine que les personnes dont ils s’occupent se sentent respectées et en confiance entre leurs mains. Et même que la vieillesse, étape cruciale de la vie humaine, les intéresse. « De plus en plus d’étudiants en soins infirmiers choisissent leur sujet de mémoire dans le domaine du vieillissement », constate avec satisfaction Marion Droz Mendelzweig, anthropologue et enseignante à la Haute Ecole de Santé La Source, Lausanne, depuis une vingtaine d’années. Preuve que la qualité d’un enseignement qui intègre, notamment dans les Hautes Ecoles de Santé et de travail social, de la philosophie, de la sociologie, de l’anthropologie, des sciences sociales porte ses fruits. Car cette appétence pour la gériatrie n’est pas innée. 

 

Mieux parler de la vieillesse

« Les jeunes font partie du monde social : ils sont tributaires de la manière dont on parle des gens âgés dans notre société, c’est-à-dire plutôt comme des problèmes et des charges », remarque la sociologue Marion Repetti, professeure à la Haute Ecole de travail social (HETS) à Sierre. « Il y a donc tout un travail à mener pour changer leur perception de la vieillesse. » Cela passe par de la théorie : dans leurs cours respectifs, apprentis et étudiants sont amenés à prendre conscience que les vieux sont des citoyens et des sujets avant d’être des bénéficiaires de soins, des résidents ou des malades. « Ils sont capables, ensuite, de comprendre comment se reproduit l’âgisme et comment l’empêcher par des attitudes appropriées », souligne Clothilde Palazzo-Crettol, sociologue et également professeure à la HETS.

 

« Je suis toujours surprise par les représentations tronquées ou erronées de jeunes sur les gens âgés et les soins à domicile »

 

Cela passe bien sûr aussi par de la pratique. « Je suis toujours surprise par les représentations tronquées ou erronées de jeunes sur les gens âgés et les soins à domicile », déclare Isabelle Brès-Bigey, directrice de l’Apromad, une association d’aide et de soins à domicile dans la couronne lausannoise. « Ils s’attendent à retrouver des personnes scotchées dans leur lit et portant des protections… Ils n’envisagent pas la complexité de leurs interventions, ni la richesse des interactions avec leurs bénéficiaires. » D’où l’importance des stages et des expériences sur le terrain et, si possible, avant la fin de l’école secondaire. 

Car les besoins du secteur gériatrique sont importants et en constante augmentation. Le dernier rapport de l’Observatoire suisse de la santé, datant de mars 2021, montre que, entre 2012 et 2019, l’effectif du personnel de soins et d’accompagnement a augmenté de 17 % dans les établissements pour personnes âgées et de 39 % dans les Services de soins à domicile. Reste que le secteur n’attire pas autant qu’il le faudrait. Résultat : il recrute aussi pour les métiers de base des personnes qui ne sont pas formées. Et qui ne le seront, à la faveur de dispositifs de formation continue, que si elles sont volontaires. C’est là que la faîtière des Institutions vaudoises, Heviva, aimerait jouer un rôle. Et créer une formation initiale qui commencerait dès la fin de l’école obligatoire. Un projet pilote va d’ailleurs bientôt être expérimenté dans le canton de Vaud.

Daniel Pugin, ancien directeur d’un EMS et actuel président du Conseil d’éthique de l’Association fribourgeoise des institutions pour personnes âgées, estime que les étudiants HES postuleraient davantage en EMS et que les infirmières engagées resteraient plus longtemps en fonction si le management dans les services s’améliorait. « Je plaide pour un management bienveillant par des cadres à l’écoute des équipes, qui adaptent les dotations et les équipements aux besoins, qui font preuve de reconnaissance, qui créent un climat de travail de confiance et respectueux de chacun à tous les niveaux de la hiérarchie. Et pourquoi ne pas proposer des horaires continus de 12 heures comme dans les hôpitaux publics pour permettre aux professionnels de préserver leur vie privée ? Cela nécessiterait une modification de la Loi sur le travail mais ce serait pour la bonne cause. »  Sans oublier que l’attractivité de ces métiers du grand âge indispensables dans une société où l’espérance de vie est de 81 ans pour les hommes et de 85,1 ans pour les femmes, passe aussi par les salaires ! 

 

 

Blerim Tafaj, 21 ans
apprenti GEI (gestionnaire en intendance) à la  Résidence Grande Fontaine à Bex. 

« Ce métier m’a changé »

«Je voulais devenir footballeur et je me suis retrouvé dans un apprentissage de peintre en bâtiment que j’ai détesté. J’ai arrêté au bout de trois mois. Je suis tombé par hasard sur une proposition d’apprentissage de gestionnaire en intendance. Je ne connaissais pas ce métier. J’ai fait un stage et ça m’a plu. Le travail, en lui-même, est varié : gestion des stocks de différents produits, notamment de nettoyage, entretien des locaux et des chambres, entretien et livraison des vêtements, service à la cafétéria et en salle de restauration, aides diverses… L’exercer dans un EMS est très riche sur le plan humain. Je fais de belles rencontres. Dès que j’ai une minute, je vais parler aux résidents, qui me racontent leur vie. Je pose volontiers des questions, alors ils m’apprécient. Quand je leur souris, je sais que ça fait leur journée ! J’aime ce métier, je me sens utile. Et mes parents sont contents de moi. Je n’avais pas l’habitude des personnes âgées pourtant : ma seule grand-mère vit au Kosovo et je ne la vois qu’une fois par année, et encore… En cours, on apprend à communiquer avec des personnes âgées désorientées. On fait parfois des mises en situation où l’on joue le rôle d’un résident pour comprendre de l’intérieur ce qu’une personne en perte d’autonomie peut ressentir. Ce métier m’a changé. Tous ces gens qui sont contents de me voir m’ont rendu plus heureux, plus ouvert, plus souriant. Avant, j’étais un mec plus sombre. J’ai appris des trucs sur moi. Et je sais que je pourrai évoluer dans cette profession. Avec le temps, je pourrai peut-être devenir intendant.» 

 

 

Anne-Marie Terrapon, 22 ans, 
étudiante infirmière de troisième année à la Haute Ecole de santé La Source à Lausanne, particulièrement intéressée par la gériatrie.

« Prendre en charge des personnes âgées rapproche des questions existentielles » 

« J’ai choisi le métier d’infirmière pour pouvoir aider les gens. La pandémie du Covid a encore raffermi ce désir. Quand mes parents ont connu mon projet, ma mère a loué mon courage et mon père s’est inquiété pour mon salaire et mes horaires de travail qui rendraient ma future vie conjugale et familiale difficile. Mais j’ai tenu bon et je ne le regrette pas. L’enseignement que je reçois à La Source à Lausanne (j’ai quitté ma ville natale de La Chaux-de-Fonds depuis bientôt trois ans) intègre de la psychologie humaine, de l’anthropologie et de la sociologie. Des domaines qui me passionnent.

On oublie que le métier d’infirmier•ère n’englobe pas que des soins techniques : les soins relationnels et familiaux sont importants aussi. Notamment quand on travaille dans un service gériatrique ou dans un EMS. Cela permet, par exemple, de comprendre que si telle dame refuse qu’on la lave et lui change sa poche de stomie (qui collecte les déchets venant de l’estomac), c’est parce que l’image qu’elle a d’elle-même la répugne. Il s’agit donc de trouver les mots pour l’aider à se faire aider. Prendre en charge des personnes âgées oblige à ne pas se contenter de faire des gestes techniques. Il faut savoir décrypter le contexte de la personne et en tenir compte. Souvent, il faut aussi accompagner les familles à accepter la démence d’un parent ou sa fin de vie. Travailler auprès de personnes âgées rapproche des questions existentielles. Mais la gratitude qu’on retire à bien faire notre travail vient aussi des familles. »

 

 

 

Andreia Colaço Coelho, 
18 ans, apprentie ASE CFC (assistante socio-éducative) à l’EMS Donatella Mauri à Romanel-sur-Lausanne.

« J’ai fait un stage dans un EMS pour tester et ça m’a tout de suite plu.»

« Quand, découvrant le métier auquel je me forme, quelqu’un s’exclame : « Oh, mais pourquoi tu fais ce boulot ? Tu dois t’ennuyer à torcher des culs et à jouer au loto, non ? » Je ris ! Ça en dit tellement long sur les préjugés envers les gens âgés et les EMS. C’est ma mère, d’origine portugaise, élevée dans le respect des anciens, qui m’a suggéré de m’orienter vers cet apprentissage. Après l’école obligatoire, je ne savais pas où me diriger. Je n’avais pas envie de ce dont on m’avait parlé à l’école : un métier en lien avec l’enfance ou employée de commerce. J’ai fait un stage dans un EMS pour tester et ça m’a tout de suite plu. Le métier d’ASE, qui consiste à accompagner une personne en perte d’autonomie dans l’accomplissement de toutes ses activités quotidiennes, permet de se sentir utile. A 15 ans, on se retrouve parfois à aider une femme ou un homme riche d’un parcours de vie incroyable ! Moi, j’ai l’impression d’avoir une place dans la société. Les résidents comptent sur moi. Et certains m’apportent en retour. L’autre jour, une dame m’a appris à tricoter. Parfois, on me renvoie aussi que je dois avoir un grand cœur. C’est gentil de le penser. Mais c’est un métier qui s’acquiert : trois ans de cours et d’apprentissage. On apprend notamment à se centrer sur la personne, à s’adapter à son rythme, à ne pas devancer ses besoins, à percevoir si elle est engagée dans une activité ou si elle ne l’est pas. Parfois, cela se détecte en un clignement des yeux. Il faut être attentif, ne pas se laisser déconcentrer par les collègues. Ça n’est pas facile d’accompagner des personnes désorientées, cela demande de la délicatesse, de la disponibilité. A en juger par notre salaire, c’est clair que ce travail n’est pas reconnu.»  

 

Liliana Francisco Nogueira, 29 ans, 
apprentie assistante en soins et santé com-munautaire, à l’Association vaudoise d’aide et de soins à domicile (Avasad).
 

« Cela fait du bien de faire du bien aux autres » 

« J’apprends un métier peu connu — assistante en soins et santé communautaire — qui mériterait plus de visibilité, tant il est enrichissant. Pour simplifier, je dis que je suis aide-infirmière. C’est-à-dire que j’assure, sous la responsabilité d’une infirmière, le bien-être physique, social et psychique des personnes chez qui j’interviens. Cela intègre toutes sortes d’activités très variées — prendre une pression, préparer un pilulier, faire une douche, cuisiner, aider au ménage… Mes journées de travail ne se ressemblent jamais. Chaque matin, je me lève avec plaisir : cela fait du bien de faire du bien aux autres. Quand j’étais petite, je me voyais psychologue. Mais mon parcours ne l’a pas permis. Je suis arrivée du Portugal en Suisse en 2011, sans qualification. J’ai suivi une formation d’auxiliaire de santé à la Croix-Rouge, car j’ai compris que la filière santé me permettrait d’évoluer. L’expérience acquise permet en effet d’accéder à d’autres formations. J’espère devenir infirmière dans quelques années. Travailler avec les personnes âgées me plaît beaucoup. J’aime leur compagnie, je suis curieuse de leur passé et de leurs savoirs. Je viens d’une culture où l’âge est respecté. Et puis, j’ai été élevée par mes grands-parents, dont j’étais très proche. Je sais qu’on apprend beaucoup à discuter avec des anciens. Si je parle si bien le français c’est grâce aux personnes dont je m’occupe ! Elles me corrigent quand je fais des fautes, certaines m’ont même appris des rudiments de patois vaudois. Le plus dur dans ce métier que j’exerce au domicile des gens ? Pas le bas salaire, non, mais les fins de vie. Travailler dans l’intimité des gens crée des liens forts, alors les décès sont bouleversants. » 

 

 

Estelle Maestre, 24 ans,
psychologue fraîchement diplômée de l’Université de Genève en recherche d’emploi dans un EMS en Bretagne.
 

« Je veux être de ceux qui luttent contre l’âgisme » 

« Lorsque j’ai commencé mes études de psychologie, j’envisageais m’orienter vers la pédiatrie. Je ne pensais pas du tout à la gériatrie. C’est un enseignant à l’Université de Genève qui m’a fait changer d’avis : le neuropsychologue clinicien Martial Van den Linden, par ailleurs cofondateur de l’association Viva (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement) à Genève. Il m’a fait découvrir une réalité qui m’était complètement inconnue : l’impact de l’âgisme sur le mauvais vieillissement. Les représentations négatives sur les vieux sont intégrées par les personnes âgées elles-mêmes qui finissent par se disqualifier.  J’ai fait un stage dans un EMS durant la deuxième vague du Covid : avoir privé les résidents d’animation et de relations a eu un impact terrible sur leur état de santé physique et psychique. Travailler auprès des personnes âgées m’apparaît, aujourd’hui, comme passionnant d’autant plus que cela intègre un enjeu sociétal. Je veux être de ceux qui luttent contre l’âgisme, présent partout. Y compris dans les institutions pour personnes âgées et parmi les professionnels de la gérontologie. » 

 

« Le secteur gériatrique exige des compétences de plus en plus pointues » 

Jean-Luc Andrey est le directeur de la Maison du Pèlerin, un EMS sis au Mont Pèlerin, dans le canton de Vaud et le président de Heviva, la faîtière des institutions médico-psycho-sociales vaudoises, qui emploie quelques 10 000 salariés et offre des prestations de maintien à domicile ou d’hébergement. Travaillant depuis plus trente ans dans les EMS, en commençant par la fonction d’auxiliaire de santé, puis d’infirmier, il a vu évoluer les besoins des résidents. 

 

Qu’est-ce qui pourrait donner envie à des jeunes de s’orienter dans le secteur gériatrique ? 

Tout d’abord, le fait que la gériatrie exige des compétences de plus en plus pointues, à tous les niveaux de la prise en charge des personnes âgées. L’augmentation de l’espérance de vie a fait apparaître de nouvelles pathologies. Dans les EMS, les résidents n’ont plus le même profil de santé qu’il y a vingt ans. S’ils sont globalement plus en forme sur le plan physique, car la mécanique va mieux grâce aux prothèses de hanche ou du genou, ils souffrent davantage de troubles cognitifs liés au vieillissement naturel de l’être humain. Les compétences des professionnels, qui ne peuvent pas être que techniques, se sont donc affûtées. Cela signifie que la formation de base doit être plus exigeante — ce qui n’est pas toujours le cas — et que la formation devrait être continue. D’où, à la clé, des possibilités d’évolution de parcours professionnel, et donc d’évolution de salaires. Ce qui est motivant.

Il ne suffit donc pas d’avoir un grand cœur et d’être une femme pour s’intéresser à la gériatrie ! Est-ce que l’augmentation des qualifications permettra de « dégenrer » le secteur gériatrique, actuellement majoritairement féminin ?
Ça va y participer. Et tant mieux, car les métiers du « care » (NLDR, prendre soin de) et du soin doivent s’ouvrir aux hommes. Dans les EMS, où vivent plus de résidentes que de résidents, la présence des hommes est très appréciée : ils apportent un autre regard, un autre vécu, une autre approche. Mais pour que le secteur soit moins exclusivement féminin, il faut aussi que la société évolue et que les représentations patriarcales soient remises en question. S’occuper des enfants et des vieux n’est pas l’apanage des femmes; je le dis d’autant mieux que j’ai été un père au foyer pendant quelques années. Dans le soin, cela bouge. Il y a de plus en plus d’infirmiers. Dans le « care » en revanche, il y a des progrès à accomplir. 

 

Reste la question du prestige. Mettre son énergie et son intelligence au service de ceux qui ont leur vie derrière eux, n’est-ce pas manquer d’ambition ? Certains parents ne sont pas ravis de voir leur enfant s’engager dans la filière gériatrique. 

Les mentalités doivent changer, c’est certain. Pour que le secteur gériatrique devienne plus attractif, y compris pour les hommes, il faut que les représentations sur les vieux évoluent. Si vous ne considérez pas une personne âgée comme quelqu’un d’inutile qui va bientôt mourir, mais, au contraire, comme une personne riche d’un parcours de vie, la valeur ajoutée au travail accompli est énorme. Dans ma fonction de directeur, je prends le temps de parler vraiment avec les résidents; je ne me contente pas de savoir s’ils ont bien mangé ou s’ils sont propres. Chaque fois que j’écoute quelqu’un partager avec moi un bout de sa vie, je me sens relié à mon humanité. »

 

Dossier réalisé par Véronique Châtel

 

 

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