Planète en crise: comment 2021 m’a changé - Partie 3/3

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De plus en plus de citoyens et de citoyennes ont décidé de changer leur mode de vie pour sortir de la crise. Médecin, écrivain, artiste ou cuisinier, ils racontent leur nouvel engagement à générations.

Crise climatique, crise sanitaire, angoisses sociales et incertitude économique: l’année, de nouveau, n’a pas été rose pour tout le monde, à commencer pour notre planète Terre, soumise au réchauffement et aux bouleversements que l’on sait. Si le Sommet de Glasgow a accouché d’un pacte qui fait honte aux pays pauvres — et à notre conseillère fédérale et négociatrice Simonetta Sommaruga, revenue fâchée d’Irlande —, l’engagement individuel n’est plus un vain mot. A l’échelle personnelle, de plus en plus de citoyens s’engagent au quotidien pour favoriser la durabilité, les circuits courts et une meilleure intelligence dans leur rapport au monde. Rien n’est encore gagné, et loin de là! Mais un mouvement est lancé.

Ainsi, générations a demandé à différentes personnalités comment elles ont réagi, cette année, à ces bouleversements et comment, somme toute, elles ont décidé de changer pour s’engager. Petits gestes, bien sûr, pour certaines, engagement politique pour d’autres, mais pas une qui n’est restée sourde à l’urgence. Avec, au cœur de leur action, une réflexion qui doit tous nous interpeller.

 

RED.

Dossier réalisé par Yseult Théraulaz, 
Frédéric Rein et Nicolas Verdan.

Martin Vetterli, président EPFL, 64 ans

« J’ai moins voyagé à l’international  »   
 

« Ce que la pandémie a changé dans ma vie ? Je maîtrise très bien Zoom (NDLR, matériel de visioconférence). J’ai naturellement moins voyagé à l’international, tout en continuant à privilégier les transports publics pour les trajets quotidiens. Les périodes de crise nous obligent à nous adapter, à trouver de nouvelles solutions, à innover. Le miracle auquel je pense immédiatement, c’est le développement, en moins d’une année (après vingt ans de recherche fondamentale), d’un vaccin pour protéger du Covid.

La méthode scientifique est à la source des progrès de la civilisation. Je suis heureux de pouvoir dire que l’EPFL a joué un rôle clé pour contribuer à endiguer cette pandémie, allant du conseil de la Task Force Scientifique, à l’application Swiss Covid, aux tests et à la modélisation de la pandémie. La crise a montré que la digitalisation est le talon d’Achille de la Suisse. Et que la technologie est nécessaire, mais pas suffisante! Le faible taux d’utilisation de Swiss Covid ou le scepticisme face au vaccin m’interpellent bien sûr. Ils rappellent aussi humblement l’indispensable dialogue que les scientifiques doivent renforcer avec la société. »

 

 

Barbara Polla, écrivaine et galeriste, 69 ans

« Je poursuis et j’intensifie ma guérilla culturelle »

 

« La situation globale actuelle (Covid, crise économique, stress social généralisé) a renforcé certaines de mes attitudes. Je poursuis et j’intensifie ma guérilla culturelle: je travaille encore plus qu’avant et je propose de plus en plus d’expositions, de rencontres, de textes culturels, de lectures poétiques dans ma galerie, mais aussi en France, en Grèce, partout où je peux. Avec mes petits moyens, je suis parvenue à construire un réseau parallèle qui réunit le public et les artistes.

Les gens ont besoin de ces rencontres et veulent nouer de vrais contacts. A cause du coronavirus, les premiers vernissages que j’ai pu organiser se sont déroulés sur trois jours, pour éviter de réunir des foules. Cela a permis de vrais échanges entre les artistes et le public. Je veux continuer à offrir ce genre de réunion en petit comité. J’ai même organisé des concerts qui ne pouvaient accueillir que six auditeurs à la fois. Offrir un vrai moment d’échange est primordial, les gens sont plus que jamais en quête de sens. »

 

 

Nathalie Pfiffer, comédienne, 58 ans

«  Je cherche à recréer du lien entre les gens »
 

«Il me semble que le syndrome de la cabane (NDLR, peur sociale, angoisse de sortir de chez soi) est encore très présent chez beaucoup de personnes, il s’est installé pendant la crise et reste. Les gens peinent à ressortir de chez eux pour se rendre au théâtre ou en société. Pour ma part, je cherche à recréer du lien entre les gens et je mise sur l’entraide intergénérationnelle. Pendant le confinement, je me suis inscrite comme chauffeur bénévole; une façon d’entrer en contact avec les personnes de ma commune et de m’intéresser à elles. Je vais également régulièrement au Temple, c’est aussi un lieu ouvert où l’on peut rencontrer ceux que nous ne rencontrerions pas en temps normal. Je cherche à sortir régulièrement de ma zone de confort.

J’ai ainsi participé à un tournage avec des jeunes en formation pour m’ouvrir à leur monde et mieux les comprendre. En 2023, nous mettons sur pied un événement autour du Major Davel et nous prévoyons, en parallèle, une exposition. Ce n’est pas mon métier, mais cela va m’amener à créer des relations hors de mon cercle habituel. Je mets tout en œuvre pour créer des occasions de faire de nouvelles rencontres. Le théâtre a cette faculté de permettre aux spectateurs de se retrouver après la pièce pour partager leur vécu. Il faut impérativement éviter que les gens ne se replient sur eux-mêmes.»

 

 

Brigitte Romanes-Deville, directrice du Théâtre Le Reflet à Vevey, 57 ans

« Je partage une voiture avec deux autres familles »
 

« Cela fait une bonne dizaine d’années que je suis particulièrement sensible à l’écologie au niveau personnel et surtout professionnel. La crise a toutefois renforcé mes convictions et je ne lâche rien. Les lampes halogène du théâtre ont été changées par des ampoules LED, les vitrines extérieures s’éteignent à 23 heures, nous n’achetons plus d’eau en bouteille, les produits de nettoyage sont, pour la plupart, écologiques… Même chose à la maison. J’achète local autant pour mon ménage que pour le bar du théâtre. Je partage une voiture avec deux autres familles et je privilégie les transports en commun ou le vélo. On va peut-être sauver la planète en consommant moins. Ce sont mes valeurs et elles ne datent pas d’hier.

En revanche, le récent mouvement #MeToo a soulevé des questions relatives à la protection de la personne au travail. Mes employés ont ainsi la possibilité de faire appel à un référent externe en cas de harcèlement ou de mobbing. C’est une obligation légale. La période que nous sommes en train de traverser a renforcé une prise de conscience globale bienvenue. Pour ma part, j’ai décidé de cesser de me teindre les cheveux. C’est un geste politique pour me départir d’un diktat en passe de devenir obsolète. »

 

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