Noël autrement, oui ! Mais ensemble !

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La pandémie de coronavirus qui met grands-parents et petits-enfants à distance, y compris à Noël, va-t-elle abîmer leurs relations ? Notre dossier montre que non. 

Voici, maintenant, neuf mois que le coronavirus est entré dans nos vies. Neuf mois que les directives sanitaires imposent des mesures barrières entre tous et, particulièrement, envers les plus fragiles. Neuf mois que la distanciation entre grands-parents et petits-enfants est devenue la règle. En clair, cela signifie que Doris n’accueille plus ses trois petites-filles, le mercredi, chez elle comme elle le fait depuis qu’elles sont nées, que Jean-Pierre est obligé de rester en bout de table lorsqu’il est invité à manger dans la famille de son fils et de porter un masque dès qu’il a fini son assiette, que Martine ne peut plus embrasser ses petits-enfants quand elle les rencontre.

C’est lourd. Frustrant. Et déprimant. D’autant plus que la circulation du virus est encore si intense que le réveillon de Noël, point d’orgue des rassemblements familiaux, s’annonce compromis. En tout cas dans sa forme habituelle. Après avoir provoqué des tensions entre différents groupes d’âge — les jeunes se voyant reprocher de ne pas respecter suffisamment les interdictions de festoyer et les vieux de mettre toute la dynamique économique, culturelle et sociale à l’arrêt —, le Covid-19 va-t-il semer le trouble entre grands-parents et petits-enfants ? Plusieurs indicateurs montrent que non.

 

Journaux intimes rassurants 

« Durant la première vague du virus, j’ai suggéré à plusieurs personnes âgées de tenir un journal intime sur leur vie quotidienne en temps d’épidémie, raconte Cornelia Hummel, maître d’enseignement et de recherche au Département de sociologie à l’Université de Genève. Au travers de ces récits qui relatent des faits ordinaires et intègrent le ressenti des auteurs, j’ai relevé que la famille restait très présente, malgré l’éloignement physique qui a été respecté. Les jeunes ont globalement pris conscience qu’ils étaient devenus des dangers potentiels pour leurs grands-parents. Ils ont donc pris les mesures barrières très au sérieux. Mais ils ont cherché à maintenir un lien avec leurs grands-parents en les aidant à se familiariser avec les nouvelles technologies. Comme ils font partie d’une génération qui téléphone peu, pour communiquer avec eux, il faut avoir accès à certaines applications numériques. »

 
Grands-parents précieux

Même constat du côté de l’animateur de radio et télévision (notamment de La ligne de cœur sur la RTS), Jean-Marc Richard : « J’entends beaucoup d’enfants et d’adolescents craindre de contaminer leurs grands-parents en allant leur rendre visite. Cette idée les angoisse. Et les confronte à la vulnérabilité et à la mortalité de leurs grands-parents. L’épidémie a permis aux jeunes de réaliser que leurs grands-parents étaient précieux. » 

Les témoignages de Coline, Gaspard et Ilù, vingtenaires plutôt représentatifs de leur génération, confirment cette observation. Bonne nouvelle ! Reste que le rituel familial le plus investi en Suisse, le réveillon de Noël, devra s’ajuster à la crise sanitaire. Et se mettre aussi en mode « restrictions ». Les familles vont-elles surmonter cette nouvelle épreuve ? 

 

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Noël avec masques 

Oui, si elles parviennent à remplacer leur rituel par un autre. Car les rituels sont capitaux pour souder les membres d’une famille, ainsi que l’explique le psychiatre et psychothérapeute Robert Neuburger, auteur d’un livre sur le sujet*. « Un rituel familial, c’est tout ce qui se met en place dans une famille — manière de se saluer, de s’embrasser, d’organiser des retrouvailles, de composer le menu d’un repas de fête… — et qui donne un sentiment d’appartenance au groupe. Les membres de ce groupe peuvent ne pas partager les mêmes croyances, ni les mêmes opinions, le rituel familial vient gommer les différences et relier. Le rituel familial permet de se sentir exister dans la famille. Et exister tout court. En effet, quand on analyse ce qui donne aux gens le sentiment d’exister, les relations familiales figurent parmi les fondamentaux. » 

 

Le rituel et la dinde

Mais par quoi remplacer un rituel qui a mis des années à se construire ? « Tous les substituts sont imaginables, affirme Robert Neuburger. Un rituel peut se décréter comme tel du jour au lendemain pour autant qu’il soit élaboré en commun, en en parlant ensemble. Ce qui est important, c’est que les membres de la famille s’en emparent avec de l’enthousiasme. » 

Votre Père Noël portera-t-il un masque ? La dinde sera-t-elle remplacée par des canapés dégustés chacun chez soi, derrière son écran, pour un réveillon Zoom ou Skype ? Vers quel nouveau rituel va se porter votre enthousiasme ? Il vous reste quelques jours pour y réfléchir. Joyeux Noël, quand même. Et vive les relations intergénérationnelles.   

 

Véronique Châtel 

 

 

Les rituels familiaux, Petite bibliothèque Payot 

 

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