Femmes et hommes sont-ils égaux devant la santé ?

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Des maladies cardiovasculaires non diagnostiquées chez les femmes, une hausse du nombre de leurs décès pour cause d’infarctus et cette question qui s’impose : la médecine serait-elle discriminante ? S’intéresserait-elle moins à la santé des femmes qu’à celles des hommes ?  Le vrai du faux en six questions.  

1° La santé, thématique universelle, ne connaît pas le genre. Vrai ou faux ? 

Faux ! Même l’Office fédéral de la statistique suisse l’admet, aujourd’hui. Une publication institutionnelle Santé et Genre, datant de décembre 2020, reconnaît, pour la première fois, l’importance du genre dans la prise en charge de la santé. « En matière de santé, les femmes et les hommes montrent certaines différences, qui ne sont pas seulement biologiques. L’introduction de la dimension sociale du genre dans l’analyse de la santé apporte une compréhension plus fine et complexe de la santé d’une population. Elle permet de comprendre comment les différences de santé observées résultent de processus sociaux et biologiques intriqués. » Comment le genre opère-t-il sur la santé ? Par toutes sortes de conduites inconscientes. Un exemple : les femmes subissent plus que les hommes les diktats de la minceur et se soumettent davantage à des régiments alimentaires restrictifs, générant des carences. Cette attention portée à leur ligne explique qu’il y ait plus de femmes en sous-poids que d’hommes (5 % contre 1 % des hommes). Or, un faible indice de masse corporelle constitue un facteur de risque d’ostéoporose, qui touche 40 % des femmes.  

2° Les femmes génèrent moins de recherche clinique que les hommes. Vrai ou faux ? 

Vrai ! Dans un article — Les femmes, oubliées de la recherche clinique — publié dans la Revue médicale suisse, il apparaît que les femmes, qui composent pourtant 49,6 % de la population mondiale, ne représentaient que 38 % des sujets inclus dans les études avec financement public publiées en 2009 dans les journaux de médecine interne à fort impact. Conséquence ? La mise sur le marché de traitements moins efficaces pour les femmes que pour les hommes. Et oui, ainsi que le relèvent les auteurs de cet article, selon qu’on est femme ou homme, les médicaments n’agissent pas de la même manière. « On retrouve une variabilité de l’absorption (pH gastrique, composition des sels biliaires, durée du transit, expression des protéines de transport membranaires), de la distribution (débit cardiaque, poids, masse grasse corporelle, expression des protéines de liaison), du métabolisme et de l’élimination des substances. » Le manque de données chez les femmes se traduit aussi par une plus grande fréquence d’effets secondaires chez elles, une augmentation qui concerne 6 % à 7 % des molécules testées. Ainsi, sur les dix médicaments consécutivement retirés du marché par l’Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments, entre 1997 et 2000, neuf montraient une incidence globalement plus élevée d’effets indésirables chez la femme. 

 

3° Un symptôme est un symptôme, qu’il apparaisse chez une femme ou chez un homme. Vrai ou faux ? 

Faux. Il est différemment apprécié chez un médecin, selon qu’il est exprimé par une femme ou pour un homme. Par exemple : une douleur au ventre ou à la poitrine. La formule d’Hippocrate « Tota mulier in utero » (toute la femme est dans son utérus) a établi un lien entre la fonction procréatrice des femmes - qui les rendrait plus fragiles que les hommes- et leur personnalité. Il reste difficile de s’en défaire. Comme en témoignent les femmes dans l’encadré, leur douleur n’est souvent pas prise au sérieux. Mais les hommes aussi souffrent de discriminations. Leur fracture du col du fémur n’est pas d’emblée envisagée comme le symptôme d’une fragilité osseuse. Or, un tiers des fractures du col du fémur chez les hommes sont dus à l’ostéoporose. Résultat : sous-diagnostiqués, les hommes sont exposés à un risque de deuxième fracture aussi élevé que les femmes. 

 

4° Le diagnostic de certaines maladies chez une femme est plus tardif que chez un homme. Vrai ou faux ?

Vrai, mais l’inverse est vrai aussi ! Certaines maladies, considérées comme des maladies de l’un ou l’autre sexe, sont sous-diagnostiquées. C’est le cas notamment de l’infarctus du myocarde, plus connu pour être une « maladie d’homme ». Ce qui est faux. Elle est désormais la première cause de mortalité chez la femme. Les décès liés aux maladies cardiaques sont quatre fois plus importants que ceux liés au cancer du sein. En 2017, 11 453 Suissesses sont décédées d’un infarctus contre 9589 d’hommes ! Pour autant, l’infarctus au féminin est moins bien diagnostiqué. Pourquoi ? Une étude canadienne a révélé que les femmes sont moins rapidement prises en charge pour un infarctus qu’on soupçonne d’abord d’être une crise d’angoisse. Par ailleurs, les femmes ont moins souvent des douleurs typiques d’angine de poitrine que les hommes. Et, quand elles se présentent aux urgences avec une douleur thoracique, elles sont traitées de manière moins agressive que les hommes. 

Les hommes, quant à eux, sont moins bien diagnostiqués lorsqu’ils font une dépression. D’une part, parce que cette maladie est souvent considérée comme essentiellement féminine et, d’autre part, parce que les hommes dépressifs n’expriment pas les mêmes symptômes que les femmes : ils se montrent, eux, plutôt agressifs, et plus enclins aux comportements à risques (consommation d’alcool, de drogues, conduite 
automobile dangereuse).

 

5° Les stéréotypes genrés ne sont pas que dans la tête des médecins Vrai ou faux ? 

Vrai ! Ils sont aussi dans celle des patients qui, selon qu’ils sont femmes ou hommes, expriment différemment leurs ressentis. Voilà pourquoi s’intéresser aux relations entre genre et santé est important. Cela permet d’enrichir les connaissances sur les origines des différences entre les femmes et les hommes dans la santé, pour de meilleures pratiques cliniques et dans la recherche biomédicale. Mais cet intérêt est encore récent. Il a commencé à se manifester à la fin du XXe siècle aux Etats-Unis et au début du XXIe siècle en Europe du Nord. C’est en 2001 que la Suisse s’est dotée d’un service Gender Health (Genre et Santé). Et c’est en 2006 que le Conseil de l’Europe a édité des recommandations pour favoriser l’inclusion des femmes dans les 
essais cliniques.

 

6° Les femmes sont en moins bonne santé que les hommes. Vrai ou faux ? 

La réponse varie en fonction du lieu de vie des femmes. Sous nos latitudes, il faut répondre par la négative. Les femmes sont souvent en meilleure santé que les hommes, car, plus attentives à leur corps, elles consultent davantage et plus rapidement que les hommes. Les affections dont elles peuvent souffrir sont donc plus rapidement prises en charge. En revanche, les hommes attendent généralement d’être au plus mal avant de consulter. Reliquat d’un stéréotype de genre disant qu’un homme, un vrai, ne se plaint de rien et prend sur lui ? Sans doute ! Sous d’autres latitudes, il faut répondre par l’affirmative. Dans de nombreux pays, les les femmes disposent d’un accès inégal aux soins médicaux, et ce, dès leur petite enfance.
 

Véronique Châtel

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