Bénévoles au service des animaux

©Sandra Culand/DR

Alors que la planète va mal, générations vous propose un coup de projecteur sur ces personnes qui prennent soin avec tant de tendresse des animaux blessés, négligés ou abandonnés. Une manière de marquer son humanité. Témoignages.

En évoquant la cinquantaine de bénévoles qui travaillent au Refuge de Darwin à Sézenove, dans le canton de Genève, sa fondatrice et directrice Anouk Thibaud s’exclame : « Je suis chanceuse et je remercie le bon Dieu ! » En effet, l’association ne pourrait pas fonctionner sans l’aide des bénévoles. Ici, sont recueillis, depuis plus de vingt ans, des chevaux maltraités ou en fin de vie ainsi que des équidés dont les propriétaires ne veulent plus en raison de leur âge ou parce qu’ils n’ont plus les moyens de les entretenir. Quarante-cinq vivent actuellement sur le site de Sézenove et 240 ont pu être placés en pension chez des particuliers.

En Suisse, des milliers de bénévoles s’engagent dans des refuges pour offrir aux animaux domestiques ou sauvages les meilleures conditions de vie possible. Ils ne donnent pas seulement de leur temps, ils leur donnent aussi des soins et de l’amour. Depuis des millénaires, chevaux, chiens ou chats ont tissé avec les êtres humains des liens d’une grande sensibilité. Lorsque ces compagnons de vie sont négligés ou abandonnés par leur maître, ils ne souffrent pas seulement dans leur chair, ils souffrent d’un grave manque affectif. Les bénévoles s’en occupent avec tendresse, en espérant qu’ils trouveront, un jour, un nouveau foyer. 

Il en va tout différemment dans les refuges pour animaux sauvages comme les hérissons, les renards ou les hiboux : ce sont des bêtes blessées qu’il s’agit de guérir avant de leur rendre la liberté. Les bénévoles sont particulièrement sensibles à la nécessité de maintenir, sur notre planète, un juste équilibre entre le monde humain et le monde animal. 

 

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Les humains aussi

Voir souffrir un animal sans défense est parfois difficile à supporter. « Il y a une chose dont on ne parle jamais, remarque Anouk Thibaud, c’est l’usure de la compassion. A force d’être confrontés sans cesse à la souffrance des animaux avec le sentiment que le phénomène de la maltraitance est sans fin, les employés comme les bénévoles risquent de développer un burn-out semblable à celui dont peuvent souffrir des proches aidants ou les soignants dans les hôpitaux. Nous y sommes très sensibles. Au refuge, nous sauvons des chevaux, mais nous nous occupons aussi des personnes ! »

La mission du Refuge Erminea à Chavornay, dans le canton de Vaud, est de soigner et de protéger la faune sauvage de nos régions. Sa directrice Laélia Maumary parle de l’esprit d’équipe qui anime la trentaine de bénévoles : « Il se crée parmi eux beaucoup d’affinités et d’amitiés. » Ici comme dans tous les refuges, la difficulté n’est pas de trouver des personnes prêtes à donner un coup de main désintéressé, mais d’obtenir suffisamment de dons pour assurer le bon fonctionnement de l’association à long terme. 

 

 

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Dörte Schümann, 81 ans

« Pour moi, c’est la meilleure des thérapies »

Qu’il pleuve ou qu’il vente, Dörte se rend tous les après-midi au Refuge de Darwin, à Sézenove (GE) pour s’occuper de trois poneys. Ce refuge recueille des chevaux et des ânes âgés, dont plus personne ne veut. « Chaque jour, je sais que mes petits chéris m’attendent », dit cette passionnée d’équitation qui n’a pas hésité à remonter en selle et à piquer un galop pour les besoins d’une vidéo. Parmi ses chéris, un poney de 38 ans qui la suit comme un petit chien : « Il n’a plus de dents, alors je lui donne une bouillie de maïs avec des herbes hachées et des pommes râpées. Après ce repas, il a droit à une banane. Il adore les bananes ! Arrivé au refuge terriblement maigre, il a, depuis, pris 12 kilos.  »

 Autrefois aide à domicile, Dörte faisait du cheval au manège de Cernex. « Quand j’ai pris ma retraite, on m’a confié une jument de 5 ans, Uranie, avec laquelle j’ai passé les plus belles années de ma vie. Ensemble, nous avons même participé à des spectacles en musique. » Après le décès d’Uranie, Dörte a renoncé à l’équitation, puis s’est engagée comme bénévole au Refuge de Darwin, où elle a eu un coup de cœur pour une jument bardot… nommée Brigitte ! « Brigitte m’avait choisie comme copine. Elle était très sauvage, ne se laissait pas toucher, et j’étais la seule à pouvoir la soigner. L’an dernier, il a fallu l’endormir. Depuis, je me consacre aux poneys. Ce bénévolat me fait du bien : je suis dehors par tous les temps, je bouge, je rencontre des gens, je suis en contact avec des thérapies ! »

En savoir plus sur le refuge de Darwin

 

 

Egon Boedtker, 68 ans 

« Je leur fais plaisir et ils me font plaisir »

Matinal et toujours actif, ce retraité d’Estavayer-le-Lac arrive dès 7 heures 30 à Font pour promener des chiens hébergés au Refuge de la SPA Fribourg. « Je leur fais plaisir et ils me font plaisir », confie Egon Boedtker, qui apprécie les longues balades en forêt. « Il m’arrive d’emmener plusieurs fois le même chien, mais je n’en choisis pas un en particulier. Au refuge, je demande lequel a besoin d’être sorti. Tous aiment se promener, et certains sont plus affectueux que d’autres. Je leur parle, quelquefois je leur donne une gourmandise. Ils sont si contents d’être dehors qu’ils tirent beaucoup sur la laisse, ce qui est excellent pour ma musculation ! » Qu’est-ce qui l’a décidé à devenir bénévole pour la SPA ? « J’ai besoin de bouger pour ma santé. Alors, je me suis dit que je pouvais faire profiter ces chiens de mon besoin d’activité physique et de mon amour de la nature. » 

Après avoir longtemps enseigné l’allemand dans des écoles privées du canton de Fribourg, Egon avait travaillé les 19 dernières années de sa vie professionnelle à I'Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IPI) à Berne. Comme activité accessoire, il avait aussi repris l’enseignement à l’Ecole Club Migros, pour sa propre satisfaction, il y a quatorze ans. Et depuis deux ans, il travaille également pour une autre école. « J’apprécie de m’organiser à ma guise, c’est le privilège de la retraite. C’est justement pour rester libres que ma femme et moi avons décidé de ne pas avoir de chien, parce que cela représenterait pas mal de contraintes. Mais nous restons toujours disponibles pour garder le chien de notre fille. »

En savoir plus sur le Refuge de la SPA Fribourg

 

Marlyse Tschui

 

 

 

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