Un Baron aux drôles de mœurs

DAniel Abimi (à g.) et Le Baron.©DR Mathieu Gaffsou

Livre: abandonnant le polar, le Lausannois Daniel Abimi nous livre le récit d’un homme truculent, qui s’était anobli tout seul pour diriger une boîte de nuit lausannoise célèbre dans les années 1970-1980.

Avouons-le, on avait un doute, un gros doute. Et cela quand bien même on avait adoré son dernier polar qui se déroulait déjà dans la capitale vaudoise! Le cadeau de Noël. Mais cette fois, sous forme de récit, le Lausannois Daniel Abimi nous propose en fait la biographie d’un drôle de gaillard, bien réel, qui fut sans doute le patron de boîte de nuit le plus célèbre de Lausanne. A savoir Le Baron, un personnage créé de toutes pièces par un Vaudois bien de chez nous puisque les parents de Laurent Anken habitaient Lussy-sur-Morges. Des gens «simples» comme on dit qui ne se doutaient pas que leur rejeton deviendrait le roi d’une cour des miracles dans la boîte de nuit qu’il a dirigée à partir de 1976, Le Johnnie’s, rue Etraz.

Un drôle de gaillard donc que l’on suit dans son enfance avant qu’il ne s’injecte du sang bleu et porte monocle. Un homme au verbe facile qui devient une publicité vivante pour sa discothèque qui marche du tonnerre de Dieu. C’est que l’argent coule à flots dans ces années-là, que le sida n’est pas encore arrivé et que le bisexuel Baron aime la fête. Il a eu la riche idée d’ouvrir ses portes au monde homosexuel et à tous ceux qui sortent de la norme. Au Johnnie’s, on croise du «pédé», des gangsters, des notables venus s’encanailler discrètement, des étudiants venus se faire un peu d’argent de poche et tant d’autres qui font scandale pour l’époque. Des années folles qui s’achèveront brutalement après un meurtre.

S’en suivront d’autres activités, mais rien à voir avec le succès du Johnnie’s. Qu’importe. Daniel Abimi nous raconte la suite, les bistrots, le travail social, les galères et même la retraite dans un petit appartement. C’est d’ailleurs la force de l’écrivain, nous tenir jusqu’au bout avec la conviction que c’est le Baron qui nous parle avec son franc-parler, son amour démesuré de la vie et de la fête. Le bonhomme est parfois agaçant, mais on ne peut s’empêcher de retenir ses bons côtés et son amour de la vie tout court. Ouais, on aurait bien aimé avoir bu un verre en ce temps-là du côté de la rue Etraz.

J.-M.R.

Le Baron, Editions Campiche      

 

 

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