Simenon en toute intimité

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La réédition des Mémoires intimes de Georges Simenon, suivis du Livre de Marie-Jo, se focalise sur un personnage clé de son œuvre : l’auteur lui-même. Un puissant récit autobiographique pour surmonter le suicide de sa fille.

En 1981, Georges Simenon n’a plus rien à prouver à personne. Riche, immensément célèbre, le père du commissaire Maigret pourrait se contenter de fumer une pipe en méditant dans sa maison d’Epalinges, dans les hauts de Lausanne. Or, voici que sort Mémoires intimes, un récit bouleversant auquel s’ajoute le tragique Livre de Marie-Jo. Deux textes (leur réédition aux Presses de la Cité sort ces jours-ci en librairie) dans lesquels ce romancier se livre sans fard et sans complaisance. Sur le mode du journal intime, en toute liberté chronologique, sans déballage outrancier, Simenon se raconte en mari et amant. Mais c’est avant tout la figure du père qui prédomine. Adressé à ses trois fils et à sa fille, ce récit de vie éclaire d’un jour terriblement ordinaire l’œuvre de Simenon. Comme dans tous ses romans, l’écrivain ne juge pas et ne fait pas la morale. Face à la dépression de sa seconde femme, Denyse, impuissant devant la détresse et le suicide de leur fille Marie-Jo, Simenon n’aura finalement d’autre recours que l’écriture pour surmonter l’épreuve. Sans occulter ses propres faiblesses, son désespoir, ses fuites, le narrateur de ces Mémoires intimes ne se laisse pas enfermer dans le genre de la confession. Comme le dit justement Dominique Fernandez, un autre écrivain qui signe la préface, Simenon a toujours « dilué » son image, ne « voulant pas être le personnage central d’un roman véridique. » Cette faiblesse du sentiment individuel se perçoit dans un « moi dilué, décentré, éparpillé en dizaines de pays et de logis, éclaté, pulvérisé en milliers de relations féminines. » Au bout du compte, cet homme semble reproduire le réflexe de Maigret : faire le vide en soi. Pour l’anecdote, en page 703, Simenon évoque deux chantiers qui le poussent à fuir le château d’Echandens : la gare de triage et la future autoroute reliant Lausanne à Genève.

N.V.


                                                                                                                   

  •             Simenon, Mémoires Intimes, suivis du Livre de Marie-Jo, Presses de la Cité, 2019.

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