Privés de s’aimer 

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L’été dernier, à la Rochelle (France), une octogénaire s’est donné la mort, car elle refusait d’être séparée de l’homme dont elle était amoureuse et qui vivait dans un EMS. Un drame causé par ce qui demeure un tabou : aimer à l’heure de la vieillesse. 

Elle s’appelait Anne Durand de Saint-André, elle avait 83 ans et elle s’est suicidée par impossibilité d’aimer l’homme, dont elle était tombée amoureuse. Ce sont les lettres qu’elles a laissées dans la chambre de sa résidence protégée qui expliquent son geste. Anne aimait comme elle n’avait jamais aimé et n’acceptait pas d’être séparée de l’homme qu’elle avait rencontré quelques mois plus tôt. L’histoire d’amour avait commencé à la faveur d’un dégât des eaux dans son logement, qui l’avait obligée à s’établir en urgence dans un EMS. C’est là que l’octogénaire a ressenti un « coup de foudre » (ce sont ses mots) pour un septuagénaire, également résident de l’EMS et également sous tutelle.

« Quand nous ne sommes pas dans les bras l’un de l’autre, je l’initie à la lecture, je lui lis des nouvelles et il m’apprend à jouer à la belote. » Mais cet amour débordant, qui ne se cachait pas, le couple s’embrassait volontiers dans le jardin, a déplu. Aussi bien à la direction de l’EMS, qui n’a pas souhaité mettre à la disposition du couple — illégitime — une chambre à deux. Qu’à la fille du résident énamouré, qui a vu dans l’histoire d’amour de son père une affaire d’emprise. Anne a dû quitter l’EMS et s’est vu interdire de revoir son amoureux. Elle s’est suicidée peu de temps après. 

 

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Ce fait divers dramatique questionne le droit à l’intimité des habitants des maisons de retraite. Présentées comme des lieux de vie, elles n’en sont pas réellement. Il n’est pas permis de goûter à tous les aspects de la vie : amour et sexualité entre résidents sont proscrits. Certes, les deux protagonistes de cette triste histoire étaient sous tutelle. Mais ne plus gérer ses affaires administratives et en déléguer la charge à un tiers autorise-t-il à se voir refuser le droit d’aimer et d’être aimé ? Anne et son amoureux ont été privés l’un de l’autre par abus de pouvoir, au prétexte qu’ils étaient vieux et fragiles. L’amour à l’heure de la vieillesse reste un droit à conquérir.                   

 

VC 
 

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