Plus jamais

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Les petits écrans, la chronique de Marlyse Tschui

J’ai connu d’intenses moments de bonheur au cœur de la nature, des émotions qui resurgissent avec force quand je regarde certaines émissions de télévision. Un reportage sur le monde sous-marin, par exemple, me met littéralement en transe. Ce monde silencieux, d’une incroyable beauté, je l’ai exploré en faisant de la plongée sous-marine dans l’océan Indien. Aujourd’hui, c’est sur mon écran, comme si je me trouvais réellement sous l’eau, que je rencontre la bouille marrante des poissons perroquets, la sale gueule des murènes, l’impressionnant passage des raies manta ou des requins. Je m’y revois, au cœur d’un nuage de minuscules poissons argentés, éblouie par tant de scintillements, pour découvrir, ensuite, un groupe de poissons multicolores. Je quitte les abords du récif de corail et je descends plus bas pour explorer, dans une obscurité croissante, des falaises, des vallons, un univers dont l’immensité me fascine. Je deviens poisson. Je nage. Je suis poisson. Jusqu’au moment où… plouf ! je me retrouve assise sur mon canapé, légèrement étourdie.

 

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A un certain âge, que, heureusement, on ne peut pas prévoir, on prend conscience que les expériences qui nous ont procuré les joies les plus vives appartiennent définitivement au passé. Plus jamais, comme me le rappellent chaque hiver des reportages tournés dans nos Alpes, je ne m’élancerai sur une piste skis aux pieds, en sentant le vent fouetter mon visage et en entendant crisser la neige sous mes lattes. Même un banal western peut me rendre songeuse : plus jamais, ivre de liberté, je ne galoperai à travers champs avec l’impression de ne faire qu’un avec mon cheval et le paysage. Mon univers a rétréci et moi aussi. Il me reste des souvenirs lumineux, et je m’en crée de nouveaux, plus simples. Je me promène au bord du lac, tôt le matin. Le silence n’est troué que par le chant des oiseaux. Je m’arrête sur une petite crique entourée d’arbres et de rochers, face au lac et aux montagnes, et j’ai cette sensation merveilleuse que le monde vient tout juste de naître. 

 

Marlyse Tschui

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