OPERATION PORTE PLUME, lettre d'une maman à son fils

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Une lettre d'une maman à son fils, écrite de Meyrin. Merci à elle! 


L'opération spéciale Porte Plume est lancée. Pour rester solidaire et unis, générations vous invite à écrire à vos enfants, petits-enfants et à vos proches. Vos lettres seront publiées sur notre site et dans le magazine en signe de soutien et de solidarité, dans cette période particulière de pandémie. Merci à tous ceux et toutes celles qui nous écrivent!


Meyrin, le 26 mars 2020

Mon cher Tristan,  ​

Il est certain que tu te souviendras de tes 13 ans. En effet, le vendredi 13 mars, tu as reçu le plus beau des cadeaux : l’annonce que les écoles seraient fermées jusqu’aux vacances de Pâques. Ce soir-là, j’ai oublié d’acheter ton gâteau mais cet anniversaire inhabituel, grâce à ce cadeau inédit et ton repas préféré, avait une saveur particulière et cela était bien suffisant. Bien sûr, dès cette annonce à 16 heures, tu as compris que tu ne seras plus soumis à cette règle stricte de 12 de maman : 12 heures de sport, 12 heures de jeux vidéo, 12 heures de moments en famille et avec les chats, 12 heures de culture et 12 heures de sorties extérieures avec tes copains, dans le temps d’une semaine soit tout ton temps libre quand tu n’es pas à l’école ou dans les bras de Morphée. Plus besoin de suivre à la lettre cet agenda de ministre. ​

 

Alors, oui, j’ai eu peur pour ton équilibre, ta scolarité, ta vie sociale et tes performances sportives. J’ai surtout craint que tu prennes peur de ce temps en suspens qui s’allonge où l’avenir se définit en heure ou en annonces du conseil fédéral. Quant à moi, j’ai angoissé à l’idée de confronter mon autorité à ton esprit insoumis et tes interrogations sans fin dans l’espace confiné de nos quatre murs. J’ai craint de ne pas avoir autant de mordant, telle une maman tigre forcée de vivre une soudaine captivité. Forcément, on se montrera les griffes, on se défiera du regard, on se tournera en rond. A se côtoyer de très près, il y aura sûrement du feulement dans l’air alors que jusqu’ici, tu n’avais pas vraiment ton mot à dire. Mais, très vite, tu as réalisé de ton côté que ta mère aura plus d’un tour dans son sac. Tu le savais, le corona virus (ou n’importe quel virus d’ailleurs) n’aura pas la peau de ta maman coriace quand il s’agit de ton éducation. Même affaiblie par une infection, elle saura inventer, même réimaginer des plans, qu’elle te servira comme d’habitude à sa sauce. Tu en connais maintenant le goût par cœur.  ​

 

Mais, tu as décidé de te laisser vivre et tu as su tirer pleinement profit de ce confinement. Tu as planifié les journées à ta guise avec tout de même la contrainte des devoirs, à laquelle tu t’y consacrais dès le matin. Tu as retrouvé des plaisirs oubliés auxquels mon planning serré t’avait privé jusqu’ici : un bain moussant, un repas qui s’éternise, un vrai massage appliqué avec mes petits doigts magiques et surtout des discussions partagées sur tout ce qui fait la vie, y compris la mort. Et chaque soir, tu n’oublies jamais le rendez-vous de 21 heures pour applaudir fort le personnel médical du monde entier. Chacun fait son boulot et tu fais le tien merveilleusement bien mon ange ! Sans oublier que j’admire ta débrouillardise à faire les courses, seul, et comprendre qu’en temps ​de crise, on se doit d’acheter le strict nécessaire même si tu te fais plaisir de temps à autre en rajoutant un paquet de chips dans ma liste de courses. Les festins seront réservés aux jours meilleurs. Ils viendront bientôt, je te le garantis.  ​

 

Je suis fière que tu aies saisi les enjeux de cette bataille, parce que c’est une lutte de tous les instants et il ne faut pas relâcher ton effort. Tu es vif d’esprit, jeune, bien portant, athlétique même. Bien sûr que tu ne risques pas grandchose mais tu penses d’abord à tes voisines âgées et à tes parents, à risque eux aussi. Tu as compris que ton monde gravitait autour d’eux et qu’en toute connaissance de cause, il t’appartient de prendre des décisions responsables. Même si cela signifie perdre un peu d’insouciance à cet âge critique qu’est le tien. C’est simple même si ce n’est pas facile je te le concède !

Je dois encore te rappeler de te laver les mains plus fréquemment. Mais que de leçons apprises pendant ces derniers jours ! Et surtout de belles leçons données à celle qui fait la pluie et le beau temps sur tout ce qui te concerne de près ou de loin. Tu m’as appris qu’il y avait du bon à ne pas tout planifier, que l’on pouvait apprécier de vivre au ralenti, en repli sur soi-même et se concentrer sur ses besoins les plus fondamentaux.   ​

Tristan, tu es le remède à tous mes maux ! Pourvu que ton effet ne prenne pas fin quand nous retrouverons une plus grande liberté. Je suis même prête à subir « tes » effets secondaires. A bon entendeur…    ​

​Ta maman, qui se remet sur pied et en question… 

Maria Quarroz

 


COMMENT NOUS ÉCRIRE? 

  • Par écrit, à: Magazine générations, rue des Fontailles 16, 1007 Lausanne
  • En mail: contact@generations-plus.ch (objet: ma lettre)

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