Le débat: ferez-vous la grève des femmes ?

Le 14 juin prochain, c’est la grève des femmes. Si, pour certaines, l’expression de ce droit va de soi, pour d’autres, elle n’est pas un bon instrument pour plus d’égalité entre hommes et femmes. Le débat a lieu aussi entre femmes cheffes d’entreprises.

 

Ferez-vous la grève des femmes ?

Oui, parce que nous sommes encore loin d’un pays dans lequel nous pouvons dire que les filles et les garçons ont les mêmes chances. C’est vrai, nous avons beaucoup progressé ces dernières années, mais, lorsqu’il s’agit d’équilibrer vie privée — et familiale — et vie professionnelle, les injustices entre les genres s’accroissent. Ces inégalités mettent aussi au défi des hommes manquant de possibilités de s’engager au sein de la famille.  

 

La grève, un outil adéquat pour défendre et faire progresser l’égalité ?

C’est un outil de plus, d’autant qu’en cette année d’élections fédérales, il s’agit de mettre ces revendications à l’agenda afin d’ouvrir un dialogue constructif. A l’exemple des multiples grèves et manifestations pour le climat qui ont eu lieu ces derniers mois, la société civile veut s’engager et sentir qu’elle a un poids dans ce débat. Le momentum est là et chacun·e doit saisir cette opportunité de faire entendre sa voix.

 

Le féminisme est-il un atout pour faire carrière ?

Il y a deux ans, je vous aurais répondu que non, au contraire qu’un engagement est plutôt contre-productif pour une carrière. Aujourd’hui je dirais que cela dépend énormément du domaine professionnel et de la cause mise en avant. Il existe de plus en plus de reconnaissance pour l’engagement envers des congés parentaux ou des heures flexibles de travail auprès du secteur public et des grandes entreprises, qui en ont reconnu le potentiel financier. Cependant, dans la plupart des domaines, l’engagement féministe reste vu comme quelque chose compliquant les procédures inutilement.

 

Cette grève est-elle instrumentalisée politiquement ?

Parler d’instrumentalisation de cette grève est réducteur. Cela ne donne pas de crédit à la cause qui est défendue au-delà des considérations politiciennes.

 

 

 

 

Ferez-vous la grève des femmes ?

Non, je ne ferai pas la grève, car je suis attachée à la paix sociale qui a fait le succès de la Suisse.

 

La grève est-elle un outil adéquat pour défendre et faire progresser l’égalité ?

Même si je partage l’objectif principal, à savoir l’égalité des chances et des salaires, je ne pense pas que faire la grève soit le moyen le plus adéquat. J’estime que, nous les femmes, nous devons avoir plus confiance en nous, car nous avons des compétences et des qualités à faire valoir, tout autant que les hommes. Si nous voulons faire évoluer les mentalités, nous devons davantage oser demander et accepter des responsabilités. C’est dans ce sens que je m’engage au quotidien dans mon activité professionnelle et politique, pour défendre la place des femmes dans la société en général. Même si cette société doit encore évoluer dans sa capacité de reconnaître les compétences, indépendamment du genre, il y a un début de prise de conscience, avec les modes de vie qui changent et les décideurs qui évoluent. C’est une question de génération. Pour faire avancer la cause, il faut œuvrer non pas contre mais avec les hommes.

 

D’après vous, un engagement féministe est-il un atout pour une femme qui fait carrière ?

Cela ne doit pas être un atout ou un désavantage. Une femme doit pouvoir faire carrière sur la base de son expérience et de ses compétences. Ce qui est important, ce sont les chances qui doivent être les mêmes pour une femme ou un homme.

 

Cette grève est-elle instrumentalisée politiquement ?

La gauche est très présente, mais les partis du centre droit sont également sensibles à cette thématique. Par contre, aujourd’hui, je pense que l’égalité ne doit pas se résumer à une question gauche-droite, car c’est un sujet de société qui concerne tout le monde.

 

Nicolas Verdan

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