L’Amérique en flash-back

La couverture du livre de photos d'Alain Dister et une image de Franck Zappa. © Alain Dister

Des années soixante au début des années 2000, le photographe et écrivain Alain Dister a croqué les States avec tendresse et curiosité.

L’Amérique, plus précisément les Etats-Unis, tout le monde s’en fait une image. Cinéma, pop culture, littérature, le terrain est conquis depuis un siècle déjà. Alors pourquoi un livre photo de plus sur cet espace saturé de représentations? Parce qu’un sourire comme celui de cet homme à Santa-Fe en 1993, c’est du jamais vu. De même, jamais vu le géant et le nain dans le Golden Park en 1967.

A travers l’objectif d’Alain Dister (1941-2008), une figure emblématique du rock critic à la française, le passage de ces illustres inconnus traversant notre vision de la Côte Ouest, de la Côte Est et des grands espaces racontent une histoire moins familière qu’il n’y paraît. On y croise aussi des gens célèbres, mais comme on ne les imaginait pas forcément: Jimi Hendrix, Allen Ginbsberg, Frank Zappa, entre autres. Le mouvement hippie, l’ombre du Vietnam, un coup de feu qui change la face de Dallas et du monde, tout cela saute aux yeux dans les détails saisis sur le vif par ce clochard céleste sans cesse aux aguets avec son appareil photo en bandoulière: une couture de chemise en denim, une paire de bottines mouillées sur le Bowery à New York, une cuillère en argent pour battre la mesure à Washington Square, une inscription sur un t-shirt, un orteil dans une piaule de San Francisco, une paire de lunettes comme on n’en fait plus, un trou dans le gazon devant le Brooklyn Bridge. Signée par François Busnel, la préface met le doigt là où ce bouquin fait du bien: «Dister est dans l’action, pas dans la posture. D’où, sans doute, ce sentiment de regarder un film quand on tourne les pages de ce livre.»

Encore une chose: le photographe sait aussi écrire. En témoigne cette note prise un jour de Corpus Christi, au Texas: «Des voitures passent en silence, pressées de transporter leur cargaison de mômes joufflus et de mamas obèses vers les malls, ces centres commerciaux qui remplissent le même rôle que le bazar oriental: c’est -à-dire un lieu d’échanges, de potins, de trafic de dope, de drague et, accessoirement, de shopping. De quoi peut-on encore rêver dans ce monde de chaleur obscure où les dollars du pétrole constituent la seule valeur?»

N. V.

>> En Amérique, 50 ans de photographie, Alain Dister, Ed. Albin Michel

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