Et les Incas envahirent l’Europe

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Roman. Il y a quelque chose de jubilatoire dans le dernier roman de Laurent Binet. Qui imagine les Andins prendre possession de l’Espagne à la manière de Hernán Cortés.

Prix Goncourt du premier roman pour HHhH et prix interallié pour La septième fonction du langage, Laurent Binet s’est-il pris pour Dieu avec sa toute dernière œuvre? En tout cas, dans Civilizations, il refait l’histoire avec autorité, insolence et, avouons-le, une bonne dose d’humour. 

Résumons: Nos livres d’histoire nous ont enseigné comment Cortés avec 500 hommes a vaincu l’empire aztèque fort de centaines de milliers de combattants. Invraisemblable à moins de tenir compte de plusieurs facteurs dont la variole, l’absence de fer chez les indigènes qui ont aussi découvert à cette occasion les chevaux et leur usage militaire. Ni une ni deux, Laurent Binet se fait fort de combler le vide. Civilizations commence ainsi par une fausse chronique Viking qui va immuniser les Incas et, ensuite, par un faux journal de Christophe Colomb qui ne serait jamais revenu en Europe, mais aurait laissé en héritage aux populations locales des montures et le fer. 

A partir de là, Atahualpa contraint de fuir l’Amérique du Sud va débarquer sur le Vieux continent à la tête de 200 hommes. En Espagne, l’Inca découvre des populations brimées, mais également les mœurs sauvages d’une société exaltée par des tondus appartenant à l’Inquisition. Et c’est bien pour échapper à pareil sort qu’il va peu à peu prendre possession de l’Andalousie. 

Il faut le reconnaître, le scénario sorti de la tête du romancier est original et le lecteur ne peut s’empêcher de sourire en relisant l’histoire inversée. On s’amuse et c’est déjà bien, voilà le principal mérite de Civilizations.

J.-M.R.

Civilizations, Editions Grasset.  

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