« Machographie », un autoportrait entre amis

@Stéphane Goël

Six quadragénaires, amis dans la vie, ont décidé d’écrire un livre qui parle d’eux tous, en même temps. Drôle, tendre et rare à la fois. Ils signent vendredi chez Payot Lausanne.

C’est comme si l’on pénétrait dans le salon joyeux de quelques amis qui ont décidé de filer, dès le lendemain, pour le soleil du sud, mais qui bataillent encore sur l’itinéraire à prendre, sur la justification existentielle de leur périple et sur l’innommable mais délicieuse promiscuité à laquelle l’errance les contraindra. Cet arrêt sur image, c’est « Machographie », magnifique et réjouissant ouvrage des Editions Art&Fiction, coécrit par Christian Pellet et les autres cinq amis qui composent la clique, Daniel Carel, Stéphane Goël, Stefan Graf, Jean-Jacques Monachon et Ali Squalli. 

 

Dans les faits, « Machographie » est d’abord un pari, esthétique et littéraire : montrer que l’autoportrait entre amis - la figure qu’ambitionne l’ouvrage - n’est pas moins raisonnable, dans l’acte de foi qu’il défend (l’amitié) qu’une soirée bien arrosée où l’on partage tout, de la blague impudique à la conversation la plus essentielle. Et ça marche ! Les amis de presque toujours – lesquels décidaient un jour, dans un acte inaugural, de courir ensemble pour égayer leurs poumons anxieux de quadragénaires – contribuent tous à leur manière à édifier l’objet. Des images, nombreuses, photos de leurs périples dans le désert ou des salles d’expositions, des dessins, signés de Christian Pellet, mais aussi des textes et relations épistolaires numériques qui portent, chacun, le regard de l’un sur les autres, et inversement. Ronde jouissive, sexuée, égotiste, bavarde, délirante, mais aussi, dans son ordinaire, intime et profondément honnête: toutes les conditions, somme toute, pour que « l’autoportrait entre amis» surgisse d’entre les pages.

Vérité et tendresse aussi

Mais ces mâles, « bande de bandes-mou quarantenaires» (sic), qui ne parlent d’eux-mêmes qu’au pluriel (le genre par essence de la bienveillance) savent aussi s’engueuler car ils aiment à se défier sur des choses aussi insignifiantes que les religions, la famille, la compagne, la solitude ou la mort. En fin d’ouvrage, l’un d’eux imagine même la fin dérisoire de chaque membre du groupe. Que serons-nous dans l’après, à l’heure de nos enterrements? L’humour, une fois de plus, paraît être la seule potion qui sauve du désespoir.  

Il y a dans leurs mots une vérité, une tendresse aussi, mais jamais d’impudeur : c’est rare quand il s’agit d’hommes ensemble. Et cet ouvrage poétique ouvre à sa manière un cercle qui est rarement rompu, celui d’une petite fraternité où l’on se dit tout, où l’on peut s’insulter, se rappeler à l’ordre, rire de chacun ou de soi-même, dans un réjouissant esprit d’auto-dérision qui confine à l’éternité.

L'amitié, quoi.

Par Blaise Willa

Jeudi 3 novembre, les éditions Art&Fiction vous convient dès 18h00 pour fêter les dernières sorties de la collection RE:Pacific, Av. de France 16, 1004 Lausanne
Vendredi 4 novembre 16h30-18h00, signature des auteurs à la Libraire Payot, Pépinet, Lausanne
« Machographie», Christian Pellet, Art&Fiction Editions d’artistes.
 
 
 

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