Voiture électrique: acheter ou attendre ?

Aujourd’hui plus que jamais, au moment de changer de voiture, se pose la question du passage au « tout électrique ». Bon plan ou piège ? générations vous aide à choisir.

A moins que vous ne vous soyez complètement retiré du monde, ces dernières années,vous ne pouvez l’ignorer. Au chapitre voiture, l’avenir est é-lec-trique ! Sur ce point, les avis sont unanimes, du syndic de Lausanne aux plus grands constructeurs, tous s’accordent à penser que c’est la voie à emprunter pour lutter contre la pollution automobile. 

Après l’avoir abandonné depuis près de cent ans — on rappelle tout de même que le premier véhicule qui a passé le seuil fatidique des 100 km/h était électrique (La « Jamais contente », en 1899) — la voiture reprend donc son idylle avec la fée électricité. A tel point que, suivant le pionnier californien Tesla, les plus grands groupes automobiles ont donc fini par faire un virage à 180 degrés et à parier tout leur futur sur ce type de propulsion.

Et, quand on dit les plus grands, on parle de Volkswagen et Toyota, mais aussi de Mercedes, BMW, Volvo, Renault, Stellantis (PSA-FCA) et les autres. Même des puristes comme Porsche, Ferrari, McLaren ou Aston Martin produisent ou vont produire des bolides qui buzzent » au lieu de vrombir. C’est dire. Et ça fonctionne. Tellement bien que, cette année, la Polestar 2 — limousine de la sous-marque électrique de Volvo — a été élue voiture suisse de l’année 2021.

Le passage à l’électrique est irréversible

Et s’il fallait encore d’autres arguments pour se convaincre de l’importance et de l’irréversibilité de la mutation, il suffit de se pencher sur les effets de manches des politiques. Ce qui avait commencé au niveau local, avec des municipalités (Londres, Oslo, Milan, Madrid, Copenhague…) interdisant leur centre-ville aux automobiles à moteur thermique, s’est poursuivi au niveau  national dans la foulée des Accords de Paris.

Ainsi la Norvège a décidé d’interdire la vente de voitures « conventionnelles » dès 2025, le Danemark, la Suède, l’Irlande ou les Pays-Bas se sont fixé l’horizon 2030,tandis que la France et le Royaume-Uni l’on inscrit dans leur agenda pour 2040.

Loin de nous ? Pas tant que cela. Le 13 janvier dernier, dans le cadre de son Plan Climat, l’Exécutif de la ville de Lausanne a annoncé vouloir bannir les moteurs thermiques de la cité d’ici à 2030. C’est-à-dire demain. Alors, même si le futur verra sans doute encore cohabiter longtemps voitures classiques, hybrides, à gaz, électriques et à hydrogène sur les routes, la question se pose désormais sérieusement d’envisager l’achat d’une voiture « à piles ».

 

Comment choisir sa voiture électriques ?

 

La première question qui vient à l’esprit : mais est-ce que ça fonctionne, une voiture électrique ?

La réponse est oui. Sans l’ombre d’un doute. De fait, les constructeurs travaillent sur les voitures électriques depuis des décennies. Sans grand succès, jusqu’en 2004 quand, avec son Roadster, Tesla provoque un électrochoc : une voiture électrique peut fonctionner, offrir une autonomie décente et… être jolie. Parce que jusque-là, vu la taille et le poids des batteries, les véhicules électriques — majoritairement utilitaires — ne ressemblaient à rien. 2004 donc, ce qui fait aujourd’hui dix-sept ans. Et en dix-sept ans, les progrès ont été fulgurants. Au niveau de la technologie et de la taille des batteries, surtout, au niveau de la baisse de consommation des composants, aussi, notamment avec l’avènement des LED.

Aujourd’hui donc, les voitures électriques peuvent se targuer d’un certain recul et d’une certaine expérience prouvant leur valeur. Même si les premières productions « en série » de vrais constructeurs automobiles sont plus récentes (Nissan Leaf, 2009; Mitsubishi i-MiEV, 2010; Renault Zoe, 2012). Mais il suffit d’entrer dans une électrique moderne pour constater les progrès réalisés au cours de ces dix dernières années. On peut sans autre affirmer que les voitures qui arrivent maintenant, comme la VW ID.3, la IONIQ 5 de Hyundai ou la Honda E pour ne citer qu’elles, sont des électriques de nouvelle génération : elles ont été conçues dès la base pour être électriques et ne sont plus des voitures « normales » dont on a remplacé le moteur et dans lesquelles on a installé des batteries. 

 

Est-ce que la voiture électrique est fiable ?

Seconde question : sont-elles fiables ? Là encore, la réponse et oui. Mais… Mais on manque encore de recul pour l’affirmer. Une chose est sûre, les premières batteries ont tenu les dix ans promis et les incidents ont été globalement rares.

 

Est-ce dangereux ? 

Oui. Et non… Oui, parce que les voitures électriques fonctionnent avec du haut-voltage et que les questions d’isolation et de mise à terre en cas d’accident grave inquiètent les secouristes. Non, parce que les voitures sont ainsi conçues que leurs batteries, placées sous le plancher, sont serties dans une sorte de « blindage » de protection qui résiste aux crash-tests. Bref, il n’est, a priori, pas plus dangereux de rouler dans une voiture électrique que dans un véhicule normal rempli d’essence.

 

 

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Est-ce que les voitures électriques sont plus difficiles à conduire ?

Quatrième question : est-ce difficile à conduire ? La réponse est non, c’est exactement la même chose qu’une voiture automatique. La seule « différence » est que, sur certains modèles, l’efficacité du système de récupération d’énergie est réglable. Tellement bien que, dans sa position la plus puissante, il permet une fois qu’on a pris l’habitude de rouler sans utiliser la pédale de frein. Dès qu’on relâche l’accélérateur, la voiture ralentit, jusqu’à l’arrêt complet. Il suffit d’anticiper.  

Dès lors, voici enfin la question principale : faut-il sauter le pas ? Et la réponse est : tout dépend… Avant d’acheter une voiture électrique — comme avant d’acheter une voiture tout court d’ailleurs — posez-vous quatre questions, vous saurez ainsi quelle sorte de voiture choisir : petite citadine, berline, SUV, minibus (tout ces styles existent en version électrique).

Si, comme la majorité des Suisses, vous parcourez environ 35,8 km/jour, alors aucun souci. Si vos trajets dépassent 200 km à l’aller, vous allez vite vous retrouver coincé par l’autonomie.

Où est-ce que j’habite ? En ville ? A la campagne ? Entendez par là que, quand on possède une voiture électrique, le principal problème est de pouvoir la recharger.

 

Si vous êtes propriétaire ou si vous avez à disposition une place de parc équipée d’une prise électrique, aucun souci. En faisant installer une borne de recharge, peut-être même reliée à des panneaux solaires, vous évitez tous les écueils. Sinon, vous allez devoir faire preuve d’un grand sens de l’organisation.

    

Quel budget ai-je à disposition ?

L’ennui, avec les voitures électriques, c’est qu’elles sont encore minoritaires, donc chères. Les prix baissent, mais, pour l’instant la moins chère :

  • la Renault Zoe, est disponible dès 28'100 fr
  • la Nissan Leaf dès 34'790 fr
  • la VW ID.3 qui débute à 39'850 fr
  • la Honda E à 39'900 fr.

...et le prix de la IONIQ 5 n’est pas encore fixé (celui de la Hyundai IONIQ Electric actuelle est de 40 990 fr.).

Sachez encore, question budget, que certains cantons et certaines villes accordent des primes à l’achat d’une voiture électrique ou pour l’installation d’une borne de recharge1. Donc, renseignez-vous avant d’acheter.

 

Quels avantages trouve-t-on à rouler en voiture électrique ?

D’abord, on dispose d’une voiture pratique, silencieuse, efficace et qui semble faire du bien à la planète. La controverse est toujours vive entre « pro » et « anti » quant à savoir si une voiture électrique est réellement plus verte qu’une voiture avec un moteur thermique moderne. Le fait est que, en Suisse, où l’électricité provient en majorité de sources renouvelables, le bilan écologique d’une voiture électrique est légèrement meilleur. Une voiture électrique coûte aussi moins cher à l’entretien (sauf s’il faut changer la batterie, donc attention avant d’acheter une occasion !) et vous permettra… de continuer à vous rendre à Lausanne après 2030.

 

Les inconvénients

Mais rouler en voiture électrique, à l’heure actuelle, c’est se heurter chaque jour aux limites du système. A commencer par trouver une borne de recharge publique :

  1. qui existe près de là où l’on se trouve
  2. qui soit libre,
  3. qui fonctionne 
  4. dont les raccords sont compatibles avec la prise de recharge de mon véhicule.

La situation est en évolution constante et plusieurs sociétés s’activent à densifier le réseau de recharge. Mais, pour l’instant, dans certaines régions, la plupart des bornes se trouvent encore dans des parkings, dans lesquels le stationnement est payant et, parfois, les heures d’accès limitées. 

Ensuite, il y a l’autonomie. Comme la « consommation moyenne » annoncée par les constructeurs, l’autonomie — WLTP ou pas — reste une notion très théorique2. Regardez la jauge de charge restante diminuer quand vous roulerez la première fois en électrique sur une autoroute et vous comprendrez que les radars ne sont pas le seul facteur qui fait qu’on ne voit jamais une Tesla S ou une Porsche Taycan rouler aux vitesses stratosphériques qu’elles sont censées pouvoir atteindre, même en Allemagne sur un Autobahn…

Enfin, le temps nécessaire à la recharge est souvent pénalisant. On parle souvent de « recharge rapide », mais il faut savoir que rares sont les bornes qui le permettent. Et, surtout, qu’il n’est absolument pas conseillé de faire ce genre de recharge souvent, sous peine de fusiller la capacité de charge de sa batterie. 

 

La voiture électrique ne manque pas d’atouts et d’arguments

En ville, les petites citadines comme la Zoe ou la Honda E sont un régal de maniabilité et se parquent dans des mouchoirs de poche. Dans la vie de tous les jours, la future IONIQ 5 et son système V2L lui permettant de servir de « prise 200 volts mobile » se révélera sans doute utile. Et, sur les plus longs trajets, le confort d’une Jaguar e-Pace, d’une Porsche Taycan ou d’une Polestar 2 sont un vrai régal. Et ces trois stars ont l’avantage de pouvoir être rechargées à des bornes puissantes, une fois qu’on a fait Genève-Zurich. Alors tenez bien compte de tous les paramètres et pesez le pour et le contre.

Mais une seule chose est sûre : si votre idée est de remplacer votre voiture traditionnelle par une électrique pour assurer tout à la fois vos déplacements quotidiens et le trajet des grandes vacances, attendez que la technologie ait progressé. Et tournez-vous, pour l’instant du moins, vers un autre mode de propulsion.

 

Philippe Clément

 

 

 

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