Vendre sur le web, c'est tendance!

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Tout le monde s’y est mis. Acheter et vendre en ligne devient la norme. Explications et témoignages.

Janvier, c’est la période des soldes et donc des bonnes affaires. Et cela non seulement dans le commerce, mais aussi sur internet. La revente en ligne entre particuliers est ainsi devenue une solution prisée pour se débarrasser de cadeaux de Noël encombrants, inutiles et non désirés.

 

Mais, en dehors de cette période aussi, le nombre de transactions entre particuliers ne cesse d’augmenter. C’est même une véritable explosion. Pour exemple, anibis.ch, l’un des principaux sites suisses d’annonces gratuites, a vu passer le nombre d’annonces d’environ 200 000 en septembre 2010 à 760 000 en septembre 2015! Et début décembre 2015, il affichait 822 159 annonces. Ricardo.ch pour sa part affiche 2,3 millions de membres et environ 830 000 offres en cours tandis que Tutti.ch, site d’annonces gratuites, indique plus de 700 000 annonces.

 

En parallèle aux sites d’annonces, depuis quelque temps, on voit aussi fleurir de nouveaux groupes de vente, échange et trocs régionaux (par quartier, ville, région) lancés par des particuliers sur le réseau social Facebook.

Conscience sociale et écologique

Pour les revendeurs, c’est évidemment un moyen rapide de se défaire d’objets inutiles et gratuitement sur des sites d’annonces. De plus, c’est pratique, puisque l’acheteur vient souvent chercher l’objet chez le vendeur. Et, bien sûr, cela a son avantage financier, puisqu’au lieu de donner ou jeter, on peut gagner un peu d’argent en revendant.

Pour le sociologue neuchâtelois François Hainard, auteur de l’enquête Pratiques de consommation en Suisse romande auprès des membres de la Fédération Romande des Consommateurs, plusieurs facteurs contribuent à l’essor des ventes entre particuliers: «Tout d’abord, le contexte est tout à fait favorable à cette évolution. Les possibilités offertes par les nouvelles technologies sont un élément moteur de ce type de commerce en cette période de ressources individuelles limitées, où une partie de la population cherche à dépenser le moins possible.»

 

En parallèle, on constate un accroissement de la responsabilité sociale, éthique et environnementale, aussi dans les jeunes générations. «Il y a une certaine culpabilité à jeter des objets encore utilisables, qui peuvent bénéficier aux plus démunis, ou faire plaisir à quelqu’un», note François Hainard, qui pratique lui-même la vente et l’achat par petites annonces. Lors de notre entretien, il proposait ainsi de vieux 33 tours des Sex Pistols et des Clash: «Je ne veux pas les jeter.»

 

Au-delà des aspects éthiques, les acheteurs en ligne ont bien sûr des préoccupations économiques et pratiques: c’est souvent en ligne qu’on peut acheter les articles moins chers, avec une grande diversité de choix  – ameublement, vêtements, bricolage, art et antiquités, informatique, photo, etc.

Diversité de l’offre

A relever que certains articles de seconde main sont particulièrement recherchés. Sur tutti.ch ou anibis.ch, ce sont ainsi les rubriques ménage et maison, et celles proposant des articles pour bébés et enfants ou encore des livres et BD qui affichent le plus grand nombre d’annonces, tout comme les sports, collections et antiquités, ainsi que le bricolage ou encore le jardinage.

 

«La grande diversité de l’offre constitue un atout important du web par rapport à un magasin, qui n’offre qu’une partie des marchandises recherchées et oblige donc à se rendre dans plusieurs commerces, note François Hainard. En plus, on peut effectuer ses achats en dehors des heures d’ouverture. C’est essentiel, compte tenu du manque de temps de nos jours.»

50 % de plus de 40 ans

Le sociologue constate aussi une plus grande démocratisation de l’accès aux nouvelles technologiques de l’information (NTI) parmi les générations, seniors y compris: «Au début de cette nouvelle ère, les plus âgés étaient moins habitués à ces technologies. Aujourd’hui, cette fracture numérique est moins importante.» Une tendance que confirment aussi les statistiques (étude NET-Metrix-Profile 2015-1) sur le trafic sur les sites suisses et l’âge des utilisateurs. Ainsi, début 2015, 50 % des internautes sur les sites de petites annonces étaient âgés de 40 ans et plus (dont 20 % de 40 à 49 ans, 14 % entre 50 et 59 ans, 10 % entre 60 et 69 ans et 6 % de 70 ans et plus).

 

Proximité et esprit de quartier

Quant à l’apparition de groupes Facebook de ventes entre particuliers, François Hainard estime que la proximité de leurs utilisateurs constitue un atout supplémentaire. «Cela rend la vente et l’acquisition plus simples et permet aussi une meilleure traçabilité. On peut aller voir l’objet avant de l’acheter. Le revendeur peut s’assurer plus facilement qu’il sera payé. Au-delà, il y a certainement aussi une dimension communautaire, qui s’inscrit dans les mouvements de quartiers, ou dans celui de l’économie collaborative, qui s’étendent et permettent aussi aux plus démunis de se débrouiller sans le soutien de l’Etat.»

 

En résumé, ce commerce parallèle aux circuits traditionnels sur internet fait désormais partie de notre paysage économique, pour le plus grand avantage de ses utilisateurs.

Ellen Weigand

ILS VENDENT ET ACHÈTENT EN LIGNE

Pour le prix mais aussi pour la qualité des rencontres, ils se sont mis sur les réseaux de vente en ligne. Ils témoignent.

«Pour faire plaisir à mes petits-enfants»

Martine Desarzens, retraitée de 72 ans, Lausanne (VD), vend sur internet depuis un déménagement

 «Je ne voulais pas jeter certains objets et je les ai très bien revendus. Et si cela fait plaisir à quelqu’un...» Aujourd’hui, c’est essentiellement pour sa petite fille qu’elle pratique en ligne: «Je vends et achète ses bottes d’équitation au fur et à mesure qu’elle grandit. J’ai pu en acheter en bon état. Et j’ai reçu des cartes de remerciement de la part des petites filles à qui j’en ai vendues», note-t-elle. «Je ne cherche pas à faire de bonnes affaires, et je pense que c’est difficile d’ailleurs d’en faire ainsi. Ayant une petite retraite, c’est essentiellement pour passer du temps avec mes petits-enfants, par exemple pour payer le train pour une excursion, une visite, que je vends de temps en temps des choses en ligne. Mais le plus souvent, j’essaie de donner.»

«Il faut être vigilant»

Philipe Jung, 51 ans, photographe et créateur de la webradio romande Radio People, Sainte-Croix (VD), achète sur le web depuis une dizaine d’années

«Il y a 10 ans, ce commerce n’était pas aussi développé que maintenant», se rappelle-t-il. Il achète pour l’essentiel du matériel technique nécessaire à ses activités professionnelles, vu les grandes différences de prix par rapport au matériel neuf. Ce qu’il apprécie particulièrement, ce sont les rencontres «magnifiques» avec les vendeurs. «J’aime ce contact direct. Mais je n’effectue que des achats entre 100 et 1000 francs au maximum, pas pour de plus grandes sommes, car je suis très méfiant face aux nombreuses arnaques en ligne. Il faut être vigilant tout le temps! J’ai été élevé avec des valeurs, mais elles n’existent pas sur le web, même si je l’utilise. On y trouve le meilleur et le pire.»

«Je n’ai jamais été déçue»

A 67 ans, Mary-Claude Taillens, Brent (VD), n’a pas attendu sa retraite pour acheter en ligne

«Mon emploi de journaliste me laissait peu de temps pour aller dans les commerces. Ça m’a facilité la vie et aujourd’hui à la retraite, je continue. Je n’achète pas régulièrement via les petites annonces. Mais je le fais de temps en temps. Et j’ai trouvé des choses sympas. J’ai notamment acheté une guitare dont je rêvais sur Ricardo à un bon prix. Je n’ai jamais été déçue, et les gens étaient vraiment fiables. Lors de mon dernier déménagement, j’ai vendu une table et des chaises, parce que je trouvais dommage de les jeter, et parce que c’est pratique et facile de le faire grâce à internet. J’ai mis l’annonce en ligne et les ai vendus en 5 minutes! De plus, les gens, très sympathiques, sont venus les chercher chez moi et nous avons discuté un moment.»

Ellen Weigand

 


RÈGLES DE SÉCURITÉ POUR ACHETER EN LIGNE

Pour réduire au mieux le risque de se faire arnaquer lors d’achats en ligne entre particuliers, voici les conseils de prudence que rappelle Cornelia Magnin, responsable de la communication chez anibis.ch

  • Vérifier l’identité du vendeur (demander une adresse postale, un numéro de téléphone et un nom et contrôler qu’ils existent);
  • S’assurer que l’objet de la vente existe - en demandant par exemple une photo de l’objet posé sur le journal du jour où la date est visible, si une rencontre n’est vraiment pas possible - et qu’il fonctionne comme indiqué dans l’annonce.
  • Faire preuve de bon sens : les objets neufs ou presque neufs à vendre pour la moitié du prix officiel sont louches.
  • En cas de doute, une rencontre entre vendeur et acheteur est vivement recommandée. Si pour des raisons géographiques ce n’est pas possible, utiliser un système de paiement sécurisé comme Paypal offre une protection tant à l’acheteur qu’au vendeur.

 

Vous trouverez d’autres conseils dans la check-list officielle de la Prévention Suisse de la criminalité (http://skppsc.ch/) sur le thème "Sécuriser ses achats en ligne" ou sur le site www.je-connais-cette-astuce.ch.


Où vendre et acheter en ligne:

Voici quelques adresses de sites d'annonces gratuites romands:


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