Réparabilité : pour un étiquetage systématique !

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Ras-le-bol de devoir racheter des objets à la durée de vie limitée ! La Fédération romande des consommateurs demande la mise en place d’un système d’étiquetage permettant  de connaître la capacité des appareils à être réparés. Explications.  

Plus qu’une confirmation, il s’agit d’un véritable plébiscite ! Le sondage mené par la Fédération romande des consommateurs (FRC) auprès de 2665 Suisses ne laisse, en effet, pas planer le doute : les Helvètes en ont ras-le-bol de devoir sans cesse racheter des appareils à la durée de vie limitée, voire programmée (lire encadré). Près de 96 % des sondés se sont même dits prêts à payer plus cher pour un produit qui offre des garanties spécifiques de réparabilité et 77 % d’entre eux seraient favorables à ce que certains objets non réparables soient interdits à la vente.

« Les motivations sont multifactorielles, souligne Laurianne Altwegg, responsable Environnement à la FRC. L’aspect pécuniaire se mélange à la dimension écologique et au fait que l’on désire avoir un appareil qui fonctionne. Prenez l’exemple du smartphone. Si certains sont accros aux nouvelles technologies, nombreux sont ceux qui souhaitent juste conserver les performances de leur appareil, mais se retrouvent contraints, après quelques années seulement, de racheter un téléphone portable neuf qui n’a, pour eux, pas de valeur ajoutée. Nous vivons dans une société qui va vite, mais, paradoxalement, nous perdons beaucoup de temps avec des appareils qui tombent en panne et dont certains sont irréparables. » Si, en Suisse, nous ne disposons pas de chiffres pour quantifier ce phénomène, le baromètre du service après-vente 2019 de la Fnac-Darty nous en donne une bonne idée : en France, 59 % des achats auprès de cette chaîne de magasins ont pour explication le remplacement d’un appareil en panne !    

 

L’information est essentielle

La FRC, comme 98 % des sondés, prône donc l’instauration d’un « indice de réparabilité », qui présenterait le degré d’interventions possibles sur certaines catégories d’appareils selon des critères objectifs, comme le fera la France dès l’an prochain. « Ces dernières années, de nombreuses propositions ont été faites au niveau politique, comme la prolongation et l’extension de la garantie, une meilleure disponibilité des pièces de rechange ainsi que d’autres mesures contre l’obsolescence programmée ou pour le développement de l’économie circulaire », rappelle Laurianne Altwegg.

 

Cette année vient donc s’ajouter, par le biais d’une motion, cette demande d’étiquetage. « L’information est la base essentielle lors de l’acte d’achat, estime Sophie Michaud Gigon, conseillère nationale verte. C’est la seule manière de permettre aux consommateurs de jouer leur rôle de régulateurs du marché. Idéalement, ce serait mieux de prohiber les produits qui ne seraient pas réparables, mais il est plus aisé d’informer que d’interdire. D’autant plus que la Suisse dépend beaucoup de l’étranger concernant un grand nombre de produits. »

Cette initiative trouvera-t-elle un soutien politique ? « Je le pense, car le clivage gauche-droite n’a pas de raison d’être sur ce sujet, qui a vu de nombreux parlementaires de tous bords déposer des objets, hélas classés sans suite, déplore la politicienne vaudoise. En outre, la contrainte d’une étiquette-réparabilité n’est pas lourde pour l’économie et ne demande pas une intervention de l’Etat sur le marché. » 

 

Calqué sur le modèle français

Même si cela risque de prendre quelques années avant qu’elles ne soient apposées sur un appareil, à quoi pourraient-elles ressembler ? « Nous souhaiterions un indice de réparabilité comparable à celui choisi par la France, répond Laurianne Altwegg, qui rappelle que des réflexions similaires ont lieu au niveau européen dans le cadre du Plan d’action économie circulaire. Cela concernerait donc, du moins dans un premier temps, les smartphones, les ordinateurs portables, les téléviseurs, les lave-linges et les tondeuses à gazon.

 

 

Cet indice devrait reposer sur des critères objectifs, comme la fourniture de la documentation permettant la réparation, le fait que le produit soit démontable ou non, la disponibilité des pièces détachées, le rapport entre le prix de la pièce et celui de l’objet ainsi que des éléments propres à chaque article. Comme pour l’étiquette énergétique, qui fonctionne très bien, on pourrait imaginer que c’est le fabricant qui fournit ces données. » Un simple sticker qui, comme l’espère Sophie Michaud Gigon, forcera un jour les fabricants à proposer des produits écoconçus et réparables. 

 

 

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« Avec une étiquette de réparabilité, les services après-vente seraient plus réceptifs »

Son téléphone portable a huit ans, sa voiture quatorze ans. Dominique Erne déteste se séparer des objets réparables. « Cela m’énerve d’un point de vue idéologie. C’est pourquoi j’ai commandé, il y a trois ans, une batterie pour mon Natel en Chine, que j’ai installée grâce à une ventouse et un tutoriel. Il fonctionne bien, mais, aujourd’hui, le système d’exploitation est trop vieux pour télécharger certaines applications, comme celles concernant le Covid, ce qui me désole. Autre exemple : le garagiste voulait remplacer mon phare de voiture à cause d’un peu d’eau infiltrée.

J’ai insisté et il a fini par nettoyer le joint et faire un petit trou dans le phare pour que l’eau puisse s’écouler. » A la ludothèque, où elle est bénévole, cette « mère au foyer à la retraite » est chargée de commander les pièces manquantes des jeux. « Tous les fabricants n’en ont pas, mais cela marche parfois. Dans le privé, j’ai acquis, en 2014, une débroussailleuse électrique. Cette année, au moment où j’ai voulu acheter des lames en plastique, car elles doivent être changées quelquefois par saison, on m’a annoncé qu’on ne pouvait plus en obtenir ! Avec une étiquette de réparabilité, je suis sûre que les services après-vente seraient plus réceptifs. » 

 

Les appareils de notre quotidien ne sont plus ce qu’ils étaient

Les appareils de notre quotidien ne sont plus construits pour durer ! Tel est le constat de Christophe Inaebnit, l’un des gestionnaires de La Bonne Combine, service de réparation d’appareils électroménagers situé à Prilly (VD). « Avant, les objets étaient « électronisés », aujourd’hui, ils sont « informatisés », note-t-il. Cette évolution facilite la fabrication, mais complexifie la réparation, car c’est plus dur de trouver la panne.

Dans un même temps, afin de faire baisser les prix de vente, sont apparus des composants moins chers, mais aussi moins solides. En plus, les pièces détachées sont de moins en moins souvent disponibles ou dans un délai limité. Et, quand il y en a, il arrive que leur coût soit exorbitant. Bref, le plus souvent, on se retrouve face à une obsolescence insidieuse, qui n’est même pas forcément volontaire. » Retour, en compagnie de Christophe Inaebnit, sur trois appareils particulièrement problématiques…

Le sèche-cheveux« Les différentes parties sont assemblées avec des éléments en plastique, mais, depuis quelque temps, il y a une pièce supplémentaire qui vient verrouiller l’ensemble et oblige à tout casser si l’on veut ouvrir. »

Le lave-linge « Ce sont souvent les roulements à billes qui posent problèmes après un certain temps d’utilisation. Avant, les cuves en inox étaient démontables, mais, depuis qu’elles sont en plastique, les roulements sont moulés dedans, ce qui évite tout soudage en phase de production. En revanche, ce n’est pas propice aux manipulations et aux réparations. »  

Le mixeur plongeant « Nous sommes régulièrement confrontés à des boîtiers soudés, ce qui empêche toute réparation. S’agit-il d’un moyen d’assurer l’étanchéité de l’appareil ou d’empêcher toute réparation ? Difficile à dire. » 

 

 

 

 

 

Frédéric Rein

 

 

 

 

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