Les vins bio sont-ils aussi bons que les autres ?

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Les crus sans produits de synthèse rencontrent un engouement sans précédent. Est-ce légitime ? L’avis de l’œnologue valaisanne Madeleine Mercier. 

Il y a une vingtaine d’années, on avait coutume de dire qu’ils étaient moins bons que les autres. Aujourd’hui, le discours a changé et les vins bio ont gagné en notoriété. « A l’époque, les gens étaient certainement davantage passionnés par la culture du raisin de manière bio que par le passage en cave, explique l’œnologue valaisanne Madeleine Mercier. Désormais, avec une solide formation et de l’expérience, les producteurs parviennent à livrer des vins bio à la hauteur des autres, qui, comme ces derniers, s’accordent avec n’importe quel mets. Personnellement, je bois des deux et ne remarque pas de différence de goût ! »

Le bio est devenu un vrai argument commercial pour certains consommateurs, comme le constate Madeleine Mercier : « Si une partie des amateurs de vin reste insensible à cette labellisation, une clientèle toujours plus nombreuse est en quête de cette sorte de produit. Le vin est à l’image de la nourriture : il y a une volonté de se rapprocher de la nature, de consommer local. La principale différence avec un vin classique étant le plus petit nombre d’intrants (NDLR, produits rajoutés manuellement), ce sont des vins dont le goût est un peu plus proche de celui du raisin. »

Les producteurs ont bien compris cette demande. Les chiffres sont là pour en témoigner : en 2020, 467 vignerons cultivaient leurs vignes selon des directives bio, ce qui représentait un peu plus de 13 % de la surface totale du vignoble suisse. Une part en constante augmentation, puisque le nombre d’hectares a triplé entre 2015 et 2020, atteignant 1785, et que le chiffre d’affaires a augmenté de 4,7 %. 

Forcément plus cher

Possèdent-ils toutefois une faiblesse ? « Pas gustativement, répond la connaisseuse. Certains peuvent avoir des défauts œnologiques, mais comme tout autre vin. Cela repose vraiment sur le savoir-faire du producteur. » Bref, les vins bio n’ont rien à envier à ceux qui ne le sont pas. Comme eux, ils se conservent parfaitement bien. « Quand ils comportent du soufre — et on a le droit d’en mettre dans le bio — et que la vinification a été bien faite, il n’y a aucune différence de conservation par rapport à une cuvée traditionnelle », détaille Madeleine Mercier. Comme eux, ils peuvent également compter sur une production dont la qualité ne fluctue pas d’une bouteille à l’autre. « Il peut y avoir une grande variabilité entre les bouteilles quand les vins bio sont naturels, c’est-à-dire sans sulfites, puisque le soufre est la molécule qui protège les vins de l’oxydation, poursuit-elle. En revanche, s’ils en contiennent, ce n’est pas le cas. »

Le seul bémol, finalement, réside dans leur prix, toujours plus onéreux… mais justifié. « Dans le bio, on a le droit d’utiliser du cuivre, du soufre et d’autres molécules d’origine naturelle, mais pas de produits de synthèse, bien qu’ils soient plus efficaces. Il faut donc avoir plus souvent recours au sulfatage et au désherbage (à la main ou à la machine), ce qui implique de la main-d’œuvre et se répercute forcément sur le prix de vente. » A chacun de décider si ce surcoût en vaut la peine.

Et les mousseux et les champagnes ?

L’élixir est différent, mais la tendance est la même. A l’instar du vin, les mousseux et les champagnes sont également de plus en plus souvent estampillés bio. Le nombre de litres de vin mousseux bio vendu dans le commerce de détail suisse a ainsi presque doublé entre 2016 et 2020. Le champagne, lui, avec seulement 2 % des vignobles de la région française de Champagne cultivés selon des principes biologiques, reste encore un marché de niche de luxe, mais en progression. « Là aussi, le goût ne diffère pas entre du bio et du traditionnel », assure Madeleine Mercier. Il convient donc de trinquer à l’avenir du bio ! 

 

Frédéric Rein

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